‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 140 sur 328 · LIVRE III, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. III

4** Qu'il prenne garde surtout d'avoir sur lui quelque chose de neuf; que tous Sie$ vêtements soient usés, déchirés ou rapiécetés; rîen ne produisant un plus mau* vais effet que de gueuser avec un habit neuf : bien entendu toutefois que si en demandant l'aumône un mendiant reçmt quelque harde neuve, il pourra s'en parer le jour qu'il l'aura reçue, mais non pas plus long* temps; nous voulons qu'il s'en défasse dès le lendemain,

5® Pour prévenir toute dispute qui pourr6it naître entre les confrères pour les postes, nous entendons que l'ancienneté de la possession prévale , et qu'on n'ait, aucun ég2u*d pour les personnes.

6^ Que deux mendiants infirmes ou eslropiés, gueusent ensemble s'ils veulent, et se traitent de frère; mais qu'ils affectent de demander Paumône tour à tour d'un ton de voix différent, et de façon que l'un ne commence que quand l'autre aura fini. Qu'ils marchent sur la même ligne des deux côtés d'une rue, en chantant (JKtcun ses disgrâces , et qu'ils partagent ensuite ce qu'ils aurcwit gagné.

7^ Qu'il soit pennisii^un gueux de porter, pendant l'hiver, un vieux tordhon sur sa tête en guise de borniet, tant pour se garantir du froid que pour faire le malade* De plus^ il pourra se servir de deux potences, et avoir un pied attaché au derrière.

8^ Tout mendiant peut avoir bourse et bourson ; mais il ne doit recevoir Taumôae que dans son chapeau.

9^ Qu'aucun de nos confrères n'ait l'indiscrétion de découvrir les mystères de notre sc^iété aux personnes qui n'y seront pas initiées.

10^ Si qikelqu'un de nos pauvres est assez heureux

pour faire une découverte dans l'art de gueuser, il faut qu'il la communique à la compagnie, afin qu'elle puisse s'en servir ; les biens de Tesprit devant être communs entre tous les frères gueusants. Cependant, pour récompenser l'inventeur et mieux exciter son génie à découvrir de nouvelles ruses, nous lui accordons un privilège exclusif pour jouir trois mois de son travail, et pendant ce temps-là nous défendons à tous ses autres confrères de le contrefaire , à peine de confiscation , à son profit, de tout ce qu'ils pourroient avoir gagné par ce moyen.

II® Nous exhortons les frères à s'indiquer franchement et de bonne foi , les uns aux autres, les maisons oîi ils auront appris que l'on doit faire la charité publia quement ou en particulier, spécialement les maisons où l'on joue, et celles oii les galants vont courtiser leurs dames, les aumônes étant certaines dans ces endroits-là»

I a® Que nos gueux soient avertis de ne pas mener avec eux des chiens de chasse, comme chiens couchants et lévriers, ni même des roquets; les aveugles seuls ayant droit de se faire aq|pmpagner dans la ville par un petit chien attaché à une ncelle. Cette défense pourtant ne regarde pas ceux de nos frères qui ont des chiens à talents. Nous permettons à ces derniers de continuer à leur faire faire leurs exercices ordinaires ; qu'ils les fassent danser ou sauter dans des cerceaux ; mais qu'ils ne s'avisent pas de s'arrêter devant la porte d'une église ou il y aura d'autres gueux de la société , attendu que cela porteroit à ceux-ci un notable pré- . judice.

i3^ Qu'un mendiant se garde bien d'aller acheter

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