‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 172 sur 328 · LIVRE III, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XI

un qui me satisfasse, je ne ferai plus difficulté de me rendre à la passion de cet aimable seigneur. Je te permets de ne rien celer à Guzman, et même dé me l'amener, s'il est possible, dès cette nuit. Tu l'introduiras en secret dans cette maison, et je pourrai l'entretenir impunément.

Nicoleta, transportée de joie de voir sa maîtresse dans la disposition où elle paroissoit être , embrassa ses genoux, lui baisa les mains, et fit devant elle mille folies qui marquoient son ravissement. Ensuite , pour mieux l'affermir dans sa résolution, elle se mit à lui vanter les bonnes qualités de l'ambassadeur, et elle finit en l'assurant que nous conduirions si prudemment cette intrigue, qu'aucune personne dans Rome n'en auroit le moindre soupçon. Sur cette assurance, Fabia dit à sa suivante qu'elle s'abandonnoit entièrement à son zèle et à son adresse.

Là-dessus Nicoleta vint me trouver, et, comme une fille que l'excès de sa joie rendoit presque folle, elle me jeta les bras au cou en s'écriant : Mon ami , mon cher ami, paye moi l'agréable nouvelle que j'ai à t'annoncer : ma maîtresse ne résiste plus; elle veut rendre ton maître le plus heureux de tous les hommes. Je fus si charmé d'entendre ces paroles, auxquelles je ne m'attendois nullement, que, ne me possédant plus à mon tour, je pris Nicoleta par la main, et la menai comme en triomphe après une victoire dans le cabinet de mon maître, oîi nous commençâmes tous trois à célébrer joyeusement la métamorphose de Fabia. Son excellence tira de sa poche une petite bourse pleine de pistoles d'Espagne, et en fît présent à la soubrette, qui la reçut

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de bon cœur, après avoir fait quelques façons, ainsi

que cela se pratique en pareil cas.

Cette officieuse agente s étant ensuite retirée, non sans m'avoir auparavant bien instruit de l'endroit où il falloit que je me trouvasse cette nuit, et de Pheure à laquelle je m'y devois rendre pour pouvoir entrer dans la maison de Fabia, me laissa seul avec l'ambassadeur. Nous passâmes TaprèsHlînée, lui à me conter où il a voit vu cette dame, et moi à le féliciter d'avoir fait une si belle connoissance. Dès que la nuit fut venue , je courus à l'endroit où l'on m'a voit donné rendez* vous, et j'y attendis l'heure marquée ; mais cette soubrette ne parut que pour me dire que sa maîtresse ne pouvoit me parler cette nuit; et il en fut ainsi des trois ou quatre autres suivantes. Nous ne tirâmes pas, le patron et moi, un fort bon augure de cela; néanmoins nous ne perdîmes point toute espérance , et une nuit enfin il arriva que la confidente me dit, par une petite fenêtre basse, que dans quelques moments elle m'introduiroit dans la maison.

Il faut observer que j'étois' dans une ruelle toute remplie de boue, et où j'aurois inutilement cherché à me mettre à couvert d'une grosse pluie qui tomboit, et qui perça bientôt mes habits. Je Tessuyai pendant deux heures avec une patience que je n'aurois pas eue, si je n'eusse été là que pour mon compte; mais j'avois pour mon maître un zèle à l'épreuve de tout. J'étois donc mouillé comme un canard, lorsque je m'entendis appeler par Nicoleta; je la joignis promptement, et elle me fit entrer par une petite porte qui fut refermée aussi doucement qu'elle avoit été ouverte. Guzman, me dit

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