‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 180 sur 328 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Guzman prend la résolution de sortir de Rome , et de parcourir toute V Italie , pour jr voir ee qu^U y a de plus çurieuv^

J E passois presque toutes les j ournee^ dans ma chambre , où j^ m'occupoi$ à lire de bons livres qu'on me prétoit, et à recevoir quelques amis qui me venoient visiter. Un jour le jeune Espagnol, qui avoit si généreusement pris ma défense dans l'aventure du cochon, me vint voir pour s'informer, me dit'-il, de l'état de ma santé. Tu peux bien croire, mon cher lecteur, que je ne manquai pas de faire un gracieux accueil à un homme à qui j'avois tant d'obligation. Je lui fis mille compliments sur le service qu'il m'avoit rendu, et je Tassurat que j'étois très mortifié de n'avoir pu aller che^ lui poiu: l'en remercier, ignorant sa demeure el son nom. Il me répondit modestement qu'il n'avoit rien fait qui méritât tant de reconnaissance; et qu'étant Espagnol et noble , il s'étoit lait un devoir de courir au secours d'un galant homme insulté par la canaille*

Je ne lui eus pas plus tôt entendu dire qu'il étoit de mon pays, que je lui demandai dans quel endroit d'Es-*

pagne il avoit pris naissance. Je suis, me dit-il, d'Andalousie, natif de Séville, et Sayavedra est mon nom. Je redoublai mes civilités quand j'appris qu'il étoit d'une des plus illustres et des plus anciennes familles de notre ville. Il avoit en effet l'accent andalous, et connoissoit aussi bien que moi Séville. Cependant il étoit originaire de Valence; mais il avoit ses raisons pour ne le pas dire alors. Je lui offris mes services et le crédit de mon maître, s'il en avoit besoin. Il me rendit grâce de ma bonne volonté , me dit que véritablement il avoit une affaire à la chambre apostolique, et qu'il en espéroit un heureux succès; mais que si les personnes qui s'intéressoient pour lui n'agissoient pas efficacement, il auroit recours à moi.

Comme il m'échappa de dire , dans la suite de notre <;onversation, que l'on me trou voit toujours au logis, et que je me promenois rarement, il en voulut savoir la cause. Je lui avouai de bonne foi que je n'osois me montrer dans les rues depuis l'aventure du cochon , et que j'étois bien aise du moins de donner le temps de l'oublier avant que de reparoître dans le monde; ce qui lui parut d'un homme prudent et judicieux. Il ne laiâsa pas de s'offrir à m'accompagner avec ses amis, si quelque affaire indispensable m'obligeoit à sortir. Pénétré de ses offres obligeantes , je lui jetai les bras au cou, et l'accablai de remercîments. De son côté, il ne demeura point en reste de poUtesse avec moi ; et quoiqu'il approuvât la raison qui me faisoit garder la chambre , il me dit qu'il me plaignoit fort d'être réduit à mener une vie si ennuyeuse; qu'il meconseilloit plutôt de voyager, d'aller voir Venise , Bologne , Pise et Flo-

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