‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 237 sur 328 · LIVRE V, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. I

t^acquitteras à merveille. En même temps je lui ordonnai de mettre sous son bras la cassette que j 'a vois achetée et remplie de balles de plomb. Outre cela je . le chargeai d'un sac où il y a voit de l'argent. Ce sac étoit lié d'un ruban rouge et taché d'encre au milieu , parce que, suivant mon mémmre, il y en avoit un semblable dans le coffre-fiîr€ Nous sortîmes ensuite tous deux de ma chambre , comme pour aller porter tout cela chez le banquier. Quand nous fumes dans la rue, je dis à mon écuyer : Entre un moment dans la cuisine, sous prétexte de demander à l'hôte à quelle heure nous dînerons, et ce qu'il nous prépare pour dîner. En un mot, fais si bien que sa femme et lui remarquent et considèrent attentivement cette oass.ette. Il nous importe fort qu'ils en soient frappés l'un et l'autre; ensuite tu reviendras me joindre ici.

L'homme du mondele plus propre à s'acquitter d'une pareille commission, c'étoit Sayavedra. Il alla dans la cuisine, où, faisant à l'hote lee questions que je l'a vois chargé de faire, il lui montra sans affectation la cassette et le sac. L'hôte et l'hôtesse les regardèrent 'avec de grands yeux. La cassette surtout parut si jolie à la femme, qu'elle ne put s'empêcher de la prendre entre sesmains et de l'examiner. L'hôte fit. la même chose à son tour, et s'écria ; Vive Die« ! qu'elle e^t pesante ! Elle doit l'être, dit alors Sayavedra-, puisqu'elle est toute pleine de pi^es d'or, tant d'Espagne que d'Italie. U y en a làdedans, ajouta-t-il, pour plus de douze mille francs. Nous allons les .déposer, avec ce sac, chez un banquier. Gliez ■ un banquier ! interrompit l'hôte d'un air brusque ; quand il y en auroit pour cent mille écus, cette cassette et ce Guzman. 3o

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sac seroient aussi sûrement dans ma maison que chez le plus riche marchand de la.yiUe. L'hôtesse, aussi cha-^ touîlleuse que son mari sur le pohit d'honneur, dit: Nous avons eu aussi quelquefois des dépôts, et grâces à Dieu et à la sainte Vierge, nous les avons fcnrt bien gardés. J'en suis persuadé , reprit Sayavedra. Si vous n'étiez pas d'honnêtes gM^, mon maître ne seroit pas venu loger chez vous avec tant d'argent; ne croyez donc pas qu'il ait mauvaise opinion de votre maison. II est sur le point de partir pour Venise; il a besoin d'une lettre de crédit pour cette ville, et nous allons mettre en gage ces douze mille francs chez le banquier qui la lui doit fournir.

Cela change la thèse, réptiqua l'hôte apaisé; je n'ai plus rien à dire. £h ! comment nommez-vous ce banquier? Jérôme Plati, repartit mon confident. Peste! reprit Thâte, c'e$t un Crésus; c'est dommage qu'il soit juif comme un chien. Il vous fera bien payer ce dépôt, sur ma parole. Si vous m'en eussiez seulement dit un mot, je vous aurois enseigné des gens plus rakon^ nable». Il n'est plus temps, dit Sayavedra; mon mmtre eât déjà convenu de tout avec ce banquier, il ea faut passer par là. Mais je ne songe pas, poursuivit^l, que je m'amuse trop avec vous; mon patron m'attend. Je ne suis venu dans la cuisine que pour m'informer si nous auriotis le temps de faire notre affaire avant le dîner. L'hôte lui dit qu'il n'étoit pas nécessaire df nous presser, et que nous trouverions toujours dans sa maison de quoi faire bonne chère.

Mon confident vint me rendre compte de det entretien; puis nous allâiaes tous deux nous promener hoi»

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