‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 264 sur 328 · LIVRE VI, CHAP. L ^ 5lj · texte numérisé non relu

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ne reçut pas moins d'applaudissements. Il me prit alors une si grande démangeaison de feire retentir l'air de ma voix mélodieuse, que je n'y pus résister; je n'a vois pas même eu peu de peine à gagner sur mon impatience de laisser finir la seconde chanteuse. Je fus tenté d'abord de chanter ce même air italien que je venois d'qp tendre^ et qui étoit un de ceux qui m'avoient fait je plus d'honneur à Florence au concert du grand-duc; cepeitdant j'eus la politesse de n'en rien faire, pour épargner à la dame le dépit et la honte de la comparaison. Pour ne rien perdre au change, m'étant souvenu d'un autre air qui avoit charmé la grande-duchesse, je le choisis.

Je me disposai donc à surprendre ces bonnes religieuses autant par la beauté de mon chant que par la singularité de l'aventure. Je chantai; et sitôt qu« j'eus achevé, ce furent des cris de surprise mêlés d'admiration. Une porte vitrée cpii fermoit le balcon s'ouvrit à l'instant, et je vis paroître plusieurs dames, qui s'empressèrent à regarder de toutes parts pour découvrir le personnage qui avoit chanté si agréablement. Je ne fis pas semblant de les remarquer; et, après m'être arrêté un moment, je recommençai mon air. Dès que je l'eus fini , me voilà une seconde fois admiré des dames , qui , dans l'attente d'être régalées d'une nouvelle chanson, suspendirent les louanges pour me prêter silenCfe. te m'en aperçus bien; et pour irriter l'envie qu'elles avoient que je chantasse encore, je fus assez malin pour me taire, sans bouger de ma place. Une dame, plus impatiente que les autres, m'adressa la parole, et me dit qu'un air seul ne sufBsoit pas pour une compagnie

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qui aimoit passionnément lés belles voix. Si c'est peu pour tant de daines, répondis-je en italien, c'est beaucoup pour un pèlerin à qui Ton a cruellement refuse rhospitalité.

Ma réponse excita de grands éclats de rire, et fit connoitre aux religieuses que j'élois l'étranger qui avoit demandé à loger dans Tabbaye. Seigneur cavalier, l'é* cria l'une d'entre elles, ne trouvez pas, s'il vous plaît,^ mauvais qu'on en ait usé de cette manière avec votre seigneurie. C'est une loi établie dans ce couvent, de n'y recevoir aucun homme inconnu après huit heures du soir; mais en faveur de votre charmante voix, madame l'abbesse veut bien passer par-dessus la règle. Elle va donner ordre qu'on vous ouvre la porte, si vous n'aimez mieux attendre le jour sur les bords de cette rivière, à la façon des chevaHers errants. Je répondis à la personne qui venoit de parler que j'étois ravi d'apprendre que, pour obtenir le couvert de madame l'abbesse , il falloit le demander en musique. A ce petit trait de raillerie, les religieuses recommencèrent à rire , d'autant plus que leur abbesse étoit présente, ou plutôt que c'étoit à elle-même que je parlois. Elles jugèrent par là que-j'étais un gaillard, et cela ne leur déplut point. Comme elles soubaitoient de voir de près ma figure, qu'elles n'apercevoient que fort confusément dans l'endroit où j'étois assis, elles ifte prièrent d'entrer chez elles, en me disant que madame l'abbesse vouloit se réconcilier avec moi.

A ces mots, pour leur témoigner que je ne demandois pas mieux que dç m'introduire dans leur monastère, je me levai, et, après avoir salué respectueusement

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