LIVRE VI, CHAP. II. «4r
leur chambre. Je ne demandois qu'à y être introduit, persuadé que quand j'y serois une fois entré la condition du temps ne s'observeroit pas. Je me présentai donc d'un air d'homme d'importance , et d'abord m'adressant à la mère , je lui fis une révérence très profonde. Je saluai ensuite la fille , et elles me reçurent toutes deux d'une, manière qui me fit connoitre qu'elles sa voient parfaitement bien vivre. Elles étoient Tune et l'autre si proprement vêtues , pour des dames qui venoient de faire un voyage , que j'en fus fort étonné. La mère pou voit passer pour une belle femme : tout ce que je trouvois à redire en elle , c'étoit un air fin et hardi. Pour la fille, elle avoit le visage tendre et piquant tout ^semble, et c'étoit une personne de dix -sept à dixhuit ans.
Je remarquai dans leur chambre deux grands flambeaux d'argent sur une table, et deux magnifiques toilettes préparées; j'y vis aussi trois coffres de bagage, avec un maître valet qui portoit la livrée, et qui, prêt à servir ses maîtresses , se tenoit debout dans un coin , de l'air du monde le plus respectueux. Je ne doutai point que ces dames ne fussent d'une des premières maisons de Guadalaxara : aussi je débutai par de très humbles excuses de la liberté que j'avois prise , et je leur dis, pour la justifier, qiie j'avois été si charmé de leur concert, que je n'avois pu résister à l'envie de leur en témoigner ma satisfaction. La mère répondit à mon compliment avec beaucoup d'esprit et de modestie, ce qui nous donna naturellement occasion de nous entretenir de musique. Je leur fis assez comprendre par mes discours que j'étois un peu musicien. Je les priai de
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recoipoiencer leur concert; et, pour mieux les y eng^r^ je mottm à y tenir ma partie* Les dames, QUr rieuses de m'entendre, s'y disposèrent. La mère r^rit sa harpie , et la fille se mit à cliahter un air que j^e savois. Je fis en même temps éclater ma voix, qui produisit le ï^ême effet qu'à Fk^eouce, et qq a l'abbaye près de S;iir ragossep I^es dames en parur^t transportées de plaisir- £Ues oublièrent la coodition du quart d'heure, et minuit étoit déjà sonné que nous ne songions point encore à nous séparer. La mère toutefois, pour observer l^ règles de la bienséai^e » me représenta fprt poliment qu'il étoit temps q\m je me retirasse ^ en me disant qu'elles seroient ravies de pouvoir souvenit s'ainu^r ainsi avec moi pendant le séjour qu'elles feroient à Madrid. Je pris donc congé d'elles en regardant la fille d'une manière à lui persuader que je n'avois pas vu ses charmes impunément ; ce qui n'étpit dam le fond que trop véritable, puisque de toute ia nuit le sommeil ne put fei*mer ma paupière.
Le. lendemain, mon hôtesse, que j'avois accoutumée à venir tous les matins prendre du chocolat avec moi, entra dans ma d^ambre d'un air riant , et me dit ; Je sors de Tappartement de yos voisines. Il n'est pas 4iQn^ <^Yable jusqM'à quel point. /ous leur ave? plu. Outre qa'dUe^ trouvât votre personne iout^à^£»it aimable ^ ell^ sont obarmé^ de votre esprit badin et amusant. Pour peu que de vptre coté vous vous seutiez disposé à pousser vptre pointe , je doute fort que vous soyez maltraité. La mère et la 6Ue sont également coatenti^ de voM^. J'avalai çovame beau mi<el ces dçm^^s paroles^ ^ ravi d'avoir fait en si peu de temps une si vive im-