‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 279 sur 328 · LIVRE VI, CHAR II · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAR II

glissai dans la main le soir dans l'appartement de ces dames , qui furent encore régalées à mes dépens par l'hôtesse , et cette fois-là on me répondit , fort laconiquement à la vérité, car il n'y avoit que deux lignes, qui ne signifioient rien, et que je ne laissai pourtant pas de trouver très spirituelles. C'est ainsi qu'on me tenoit la dragée un peu haute pour irriter mes désirs , ou, pour mieux dire , toute cette manœuvre étoit l'ouvrage de notre bonne hôtesse , qui , travaillant pour et contre dans cette intrigue , faisoit jouer des deux côtés à son profit les personnages qu'il lui plaisoit. Je vivois cependant de jour en jour plus familièrement avec ma belle voisine, et je ne sortois presque plus, tant j'étois retenu au logis par l'agrément de la voir presque toute la journée. La mère alloit souvent le matin solliciter, à ce qu'elle disoit son procès; et lorsque cela arrivoit, mon officieuse confidente venoit nfen avertir, m'introduisoit sans façon chez la fille , que j'entretenois à sa toilette; et de peur que la facilité d'avoir de pareilles conversations ne m'y rendît moins sensible , elle les troubloit quelquefois en venant m'annoncer faussement que la mère revenoit.

Lorsque ma confidente jugea que j'étois fortement épris, elle me proposa d'épouser dona Helena de Melida; c'est ainsi que se nommoit la jeune personne que j'aimois. Cette proposition me tint en garde contre ITiôtesse, dont je pénétrai alors le système. Elle m'a voit si fort vanté les biens et la. noblesse de cette dame, qu« je ne pouvois raisonnablement espérer qu'on voulût la sacrifier à un homme que l'on ne connoissoit point. Ma confidente me, de vint suspecte, et pour me débarrasser Guzman. ^^

de ses importunités sur ce [)diht, je lui His Franchement que j'avols pris ailleurs des ehgagements qui ne pdavoient être ronipus. Sitôt tjiie j'éùs défckré mes Séntimehts sur cet article, les danies ckahgèhèilt de conduite à mon ëgard : elleâ ftvbient jusque-là refbsé tous les présents ^iiè l'hôtesée leur àvbit offerts dîe ma palrt; elles se ihibérit Sur un autre pied : elles résolurent de pluiher lolâcau, fet eiireht Tadresèe dfe lUl tirer de bonnes plumes dé l'aile. Il è^t vrai qu'à Wlesùre que je lifie montrois plus généreux, ma belle lîél'èhe devenoit moins rések'Véfe; si bien ijù'àprei quelques efatretienfe^ faitiiliers que j'eus àVec elle, liia p'assidn se ralentit, et il n'y eut plus entré noiis qu'un cdtntherce de politesse et d'honnêteté.

Un nouVel iHci'deyt acheva dfe mè guérir. Un matin je vis sortir de l'égliàe deS dbiiiinicainîî, oh j'allbi^ ehtendre la Ihessè, une dâbië d'unfe taille majestueuse et très richfemèrik habillée. Je la pris jpont liiie personne de qualité; et comme elle pas^a près de irioi, si je n'osai la saluer, èii hé(cônij)ensë je la rëgdhdàl d'dh àir si respectueux que je m'kttirâi son àttëntiôH. ÈHte parcourut des yeux toute ma personne, de c^uoi je tnfe sentis Fort hotiobé, en Espagne un regard qu'une ftmme fait tomber sut- uh homme étaht une favfeuh Je fus curieux d'apprëiidbe ijui elle étoit; je la Suivis. Eite s'en aperçût, et cohtinusl son tHeriiln d'un air tbtijdUrs gravé. Il y avoit iderrière elfe déiix sUivàiite^ et Uh estâfier, ce qui nie cbhQrmbit ddnfe rbjpifiiôh qtië j'a^bîs qu*elie ne pouvbit êtl-e qu'Uiie dànite de cÔiidîWbfî. Quand elle fût au milieu dé la gi-ahdé rUfe, elle s'arrêtià devant une maison parfaitement belle, et y ent^à. Je

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