‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 281 sur 328 · LIVRE VI, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. II

dustrie, qui étoit telle, qu'il ne laissoit pas d'avoir encore quelque crédit. Mes diamants lui furent d'un grand secours ; il s'en servit pour se tirer d^nn embarras où il se trouvoît faute d'argent, et il gagna dessus la moitié, ayant saisi l'occasion de s'en défaire avantageusement au mariage d'une fille du duc de Médina Sidonia. Je fis donc un extrême plaisir à ce banquier, sans le savoir. Comme je ne pouvois alors juger de sa fortune que sur les apparences, je m'estimois trop heureux d'avoir lié connoissance avec lui. Je m'accusois même en secret d'avoir une ambition démesurée, et de fornier un dessein téméraire en élevant ma pensée jusqu'à sa fille unique, qui me paroissoit un parti digne d'un prince.

D'un autre côté, don Andréa ne pouvoit revenir de la surprise que mon procédé lui causoit. Cela fut cause qu'il chargea un homme de confiance de s'informer adroitement de mon hôtesse qui j'étois , et de quelle manière je vivois à Madrid. On ne lui fit de moi que des i^apports trè^* avantageux ; car quoiqu'on ignorât ma naissance, 6p ne laissoit pas de me croire un enfant de qualité; et pour ma conduite, je ne donnois aucun sujet de penser que j'eusse de mauvaises mœurs. Sur les bons témoignages qu'on lui rendit de moi, il se mit en tête que j'étois Thomme que le ciel lui destinoit pour gendre. 11 en parla à sa fille, qui lui dit que je l'avois suivie dans la rue depuis l'église des dominicains jusqu'au logis; que je passois incessamment devant leurs fenêtres; en un mot, que toutes mes actions faisoient assez cônnoître que j'a vois des vues sur elle. I^e père avoit trop d'expéri«nce pour n'en être pas aussi^

55o GUZMAN D'ALFARACHE.

persuadé ; il ne douta plus que la confiance que je lui avois marquée, en lui abandonnant mes pierreries sans billet, ne fût un effet de Tamour que j'avois pour sa fille. Ils s'en réjouirçot tous deux , en conférèrent ensemble, et, me croyant plus ricbe qu'un juif, ils réso* lurent de me ménager ai bien, qu'il ne me fàt pas pos* sible de leur échapper.

G^nformément à cette déUbération , le banquier vint me rendre visite à Thôtellerie. Je m'y étois bien attendu, et j'avois mis m étalage dans ma chambre tous mes bijoux , qui firent sur lui beaucoup d'impression. Il fut principalement frappé de ma chaîne d'or ; il ei» admira le travail , et me dit que si j'étois d^iaa le dessein de la vendre , il me feroit gagner dessus un tiers de œ qu'elle m'a voit coûté. Je le pris au mot, et je la lui lâchai comme j'avois fait de mes pierreries , je veux dire sans billet; il en fut transporté de joie : il me fit mille caresses , et , me regardant déjà en heau-père , il me donna des conseils pour tirer un gros intérêt de l'argent comptaiMi que je pouyois ^voir. Peu de iojm après il m'apporte^ la som^ie qu'il m'a voit promise popr ma chaîoe, ce qui augmenta 1^ confianoe que j'arœs en lui, et m'obligea 4« r^coijnoître ses peines par un présent conv^enable à une jeune domis, quie j'envoyai à sa fille après qu'il me l'eut permis. Ce présent, n'ayant pas été mal reçu d'elle, m^ rendit ^sez hardi pour oser lui décou^ vrir m^gs sentinients à l'usage du pay«, c'est-à-dire par des mines, et il me sembla qu'eUia ne les désapprpuvbit poifit. A l'égard d^. pfère , aifec qui je m'entretenois tous les JQurs, je ne lui parlais que de commerce ; et cependant je me proposois d^ profiter de la première

LfVBE vj, CH4P. n. 5Si

occasion favofable que j'i^urQis cle lui déjcla^^er f|ia passion.

jGes nouvelles amp^rs rpffoif|ii:ent fort leç 4p^^^" tiques. B^^ voisines ne s'en appf:çuj:ent que Jrop to^ po^r j^Ue^ : Ipf cQllatjo)|s fit lp$ présent^ c,essprent. Je passois les journées hors du logis, et, quand j'y revenois le sojp, j^ ren^ppis b plus squvent dans ma cl>ambre poyr }np coucher, qu bjefi, lorsque je if'ëvitqi^ pas; la cpnver^atipft de ces daines, j'^y9|s avec elles de^ -^ptpe» tjeijssi fir9Jf)^, qu'elles compririenjt ai^én)pnj:quje j'ayqis ^^çpaé l^jur JQ]:ig. J^eJ/èn^ éj^rpixysfl\i qup fps boiffés, pu liei^ d'^ypir irfit^ (})pji ardeur^ i^ 'ay.oient spcyi qu'à la ralpntir, .«n pl,e^pa jde ^pjf . plie ^ jan gr^nfl cppseil av/Bc^$i mçr^ et }'l]ôj|e^se ^ur pçon c^angefpent, q,"X'l?^ r}e m^m^hseu^ p^s d'3JI;tp}>uef ^ up ei)gageipei}t nouveau , jet le riésultfit ffijt qu'elle^ meftroient à 1 epreuy.e nja géuérositp, |Çf que , si elles p'ayoie^ pa3 lieu d'être coi^entps de moi, pllfs aurpient ijeçour^ ^ qijijç|quje artificp pour SjB vengier d|p çpçft in^çpn^Jtaqcjç. p^p pre^içnjta JîientQt pnp cpiyjoflfj^p pi^oprp à l>jcqcu|Lipn de leur projet. Il vint ^emfi}Xfi^r ddps p^on hp^llerie ^gux j/eiuj^ç3 s^e^gn^iirs ^\^ s^y(f}^t dp l'ar-gept (r;^^. f 1? iç'ç^îgs^gèrpift ^ joi^er fveç ç^uf , çjt jje liy^r ga^ai pp Irj9i& séances deuf ppnjt piojjjujyjjte pf^tole^; ce .que les.cjanxçs n'eyrent pfi? ply^ ^ot ,^ppri3, <qff'j?}Jp^ pj'jçntraînpf ept à l^ proijï^fl^dp, sa»^ gife je pus^e fl^'e;:^ dçfendre. I^ r^vpfl^nt, ^o^ patsg^pfpf Seyant la hjoi^iqije ^^'yn ipa^ r chjuu^ d'^tp^es d'qr et de soie. Iffl^rp ^Q|tç^e, qu^ étpit avec ppus, ^'y yçjiIhJ^ f?i^^ ^î^F^f W^SfP T?S}} ^^ ^'^W}%^ ? f?»^ l^JPPlj^ f W ^Jai^it pftfif d/?pa H,elena^ eu,we di^nt^qi^ j'aYpjs asse^,gagpjé jojir lui faire

ce petit présent. Je laissai parler l'hôtesse tant qu'il lui

plut; et, me moquant de ses instances, je trompai Tat-

tente de ces dames , qui a voient compté qu'elles ferorent

à ma bourse une copieuse saignée, et cette action

acheva de leur persuader que je n'étois plus dans leurs

filets.

J'avois un meilleur usage à faire de mon âi'gent. Oh venoit de bâtir dans le quartier une maison que j'avdis vue plusieurs fois en passant, et qui m'avoit paru fort jolie ; j'étois tenté de l'acheter. Je consultât sur cela don André, qui approuva cette acquisition. Il se mêla même de cette affaire, et fut cause qiie 'j'eus cette maison à bon marché. Elle ne me coûta que trois mille ducats, que je payai devant. lui en espèces sonnantes, et d'un air aussi froid que si j'eusse eu cent mille écus dans mon coffre-fort. Tu peux bien t'imaginer que cela produisit un effet admirable chez mon futur beaupère, qui étoit un homme fin. Il crut, pour le coup, avoir rencontré le gendre qu'il lui falloit, et il ne soîigeà plus qu'à me faire tomber finement dans la nasse. Je fis meubler ma maison a^ez proprement, et je me disposai à l'aller occuper. Le jour que j'y devois coucher, jugeant que je ne pouvois me dispenser honnêtement de dire adieu à mes voisines, je pris congé d'elles en leur faisant des compliments qu'elles reçurent avec beaucoup de civilité , et d'un air si gai que j'en fus surpris. Je m'adressai ensuite à l'hôtesse pour la remercier de toutes les attentions qu'elle avoit eues pour moi , et l'assurer que je m'en souviendrois jusqu'au dernier moment de ma vie. Elle répondit à mes politesses d'unemanière flatteuse, et me pria le plus obligeamment du

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