‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 311 sur 328 · LIVRE VI, CHAP. VIL 6o · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. VIL 6o

disant qui'ii s'étoit entretenu de moi avec cette dame , et Tavoit préparée à me bien recevoir.

. Tallai dès ce jour-là lui rendre chez elle mes premiers hommages, et il ne me fut pas difficile de m'apercevoir, par Taccueil qu'elle me fit, que le religieux lui avoit dit des merveilles de moi. Elle me reçut moins comme un garçon qui se présentoit pour être son domestique, que comme une personne de mérite, à qui, par estime, elle auroit donné chez elle un logement. Le révérend père avoit aussi pris soin de régler mes gages et mes profits avec elle. Cependant, dans la crainte que ce règlement ne me satisfit pas, elle eut la bonté de me demander si j'en étois content. Je répondis d'un air modeste qu'on ne pou voit l'être davantage, et que je ferois tout mon possible pour qu'elle le fût autant de mes services. Ma personne et ma conversation lui plurent infiniment, et elle me témoigna de l'impatience de me voir chargé du soin de ses affaires, qui -a voient, disoit-elle, grand besoin d'être mises en ordre. Quoique rien ne m'empêchât de demeurer dans sa maison dès ce moment là, je ne laissai pas , pour me faire encore plus désirer, de demander deux jours; et le troisième enfin j'y fis porter un coffre où étoient toutes mes bardes, qui consistoient en deux habits assez propres et en quelques nippes.

On me donna un bel appartement, et je remarquai avec plaisir que tous les autres domestiques me regardoient comme un intendant que madame prétendoit qu'on respectât. On me confia tous les papiers, et je m'appliquai avec tant d'ardeur au travail, que je fis plus de besogne en quinze jours, qu'on n'en attendoit

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de moi dans un an. Ma maîtresse, ravie d'avoir fait lacquisition d'mï homme d'affaires si expéditif, ne vojoit pas le dominicain qu'elle ne lui en fît de nouveaux remercînients; ce qui causoit une extrême joie à ce bon religieux, qui se remettoit à me louer, et qui me croyoit effectivement un garçon intègre et vertueux, tant il est vrai qu'un saint homme est facile à tromper.

J'étois souvent oblige d'aller demander à la dame des éclaircissements sm* des choses dont je ne ponvois être instruit que par elle-même , et cela nous engageoit tons deux dans de longs entretiens. Il falkrit me voir alors et m'entendre parler; j'étois tout sucre et tout miel. Je joignois à l'air du monde le plus respectueux des manières pleines de dottcenr; et quand son propre intérêt me forçoit à la contredire, ce qui arrivoit quelquefois, je lui rendois mes contradictions agréables par ïes toun flatteurs et délicats dont je savois les assaisonner. Il me serabloit que de jour en jour elle prenoit plus de goût à ma conversation. D'abord il y avoit des heures réglées pour nous entretenir de ses affaires domestiques , et c'ctoit ordinairement le matin, tandis qu'elle étbit à sa toilette, et le soir après son souper. Elle ne s'en tint pas là : elle se mit sur le pied de venir Taprès-dînée dans mon cabinet, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre; et d*y passer des heures entières à me parler de toute autre chose que de ce qui coneernoit l'administration de ses revenus. Elle en fit tant, qu'à h fin je connus les bonnes interftions qu-elle avoit pour moi. Jte feignis long*temps de ne les pas pénétrer; mais quand ces sortes dé veuves s'abaissent jusqu'à jeter les

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