‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 319 sur 328 · LIVRE VI, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. IX

tioti^.s'ëteildit sur inoii»fnénte, et me loua tant, que le chevalier, dès ce moment-là, se résolut à me choisir. On me fit appeler. Je plus à ce seigneur, qui , m'arré* tant pour son service , m'enleva au comité , dont je fus bien regretté. •

Me voici donc devemi valet de chambre d'un chevalier de Saint^Jacqiies. Pour me rendre plus libre et mettre plus en état de le servir commodément, il obtint du capitaine que je n'aurois que Panneau au pied. On me donna par compte ses hardes , ses bijoux et sa vaisselle d'argent; on m'en chargea, en me recommandant, pour mon propre intérêt, d'être fidèle et vigilant. Je rangeai aussitôt* les effets de mon nouveau maître , de façon que d'un coup d'œil je les voyois tous. Il fut fait très expresses défenses à ses valets d'entrer sans ma permission dans sa chambre lorsqu'il n'y seroit pas; ce qui me dispensoit d'avoir toute l'attention dont j'aurois eu besoin pour veiller sur ces gaillards, qui valoient bien des forçats pour faire des tours de main.

Je m'attachai à étudier l'humeur et le' génie du chevalier, et ne tardai guère à m'en faire aimer, et même estimer , tout galérien que j'étois. Il se plaisoit à m'entretenir, et je lui paroissois homme de bon conseil. Il me consultoit quelquefois sur ses affaires les plus importantes. Comme il arriva un jour qu'il avoit l'air sombre et rêveur: Mon ami, me dit-il, un de mes oncles m'a écrit une lettre qui me chagrine et m'embarrasse. IHouhaite que je me marie; il m'en presse, si je veux hériter de tous ses biens. C'est un garçon qui a vieilli dans l'oisiveté de la cour, sans avoir jamais pu se résoudre à subir le joug auquel il veut me lier. Je

6ao GUZMAN D'ALFARACHE.

ne sais quelle réponse faire pour m'excuser honnête* ment ; je ne me sens aucun penchant pour le mariage. Monsieur, lui dis-}e en plaisantant, si j'étois à votre place , je lui manderois que je ne demande pas mieux que de me marier, pourilu que ce soit avec une de ses filles. Mon maître fit un éclat de rire à ce trait plaisant, et me dit qu'il s'en serviroit pour se débarrasser des importunités de son oncle»

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