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de se mieux porter; il reprit ses forces , et se rétablit en peu de tentps.
Baêça s'étoit rendue : on savoil que le roi catholique tenoit déjà sa cour à Scville , et qu'if y devoit passer IMiiver avec la reine. OzmiO) ne don tint pûtnt que Daraxa ne fût auprès de cette princesse, nésolut d*aHer à cette ville avec Orviedo J$o^^ deux déguisés en cavaliers andalous : outre qu'ils parloient Tun et l'autre si bien la langue castillane, qu'il étoit malaisé de les reconnoître pour Maures, il étoit persuadé que dans une ville où la confusion ne pouvoit manquer de régner on ne prendroit seulement pas garde à eux; il communiqua son nouveau projet à son cher Orviedo, qui ne trouvoit jamais rien de difficile, et dont la belle passion étoit de tenter des aventures. Le maître et l'écuyer sortirent donc secrètement une nuit de Grenade, montés sur des chevaux comparables , pour l'allure et pour la vitesse, aux plus fameux coursiers des paladins, et munis d'une assez grande quantité de pierreries, sans parler de quelques bourses d'or dont ils n'avoient pas oublié de se charger.
Ils's'attendoient à faire quelque mauvaise rencontre en traversant tous les quartiers de chrétiens par où ils dévoient passer, et ils ne furent pas trompés dans leur attente. Le lendemain, à une lieue de Loja, ils trouvèrent en leur chemin le grand-prévôt de l'armée avec ses archers qui poursuivoient des déserteurs; il examina nos deux cavaliers, qui ne lui sembloient pas à la vérité avoir l'air de ee qu'il cherdioit; mab ils lui parurent trop bien montés pour des gens qui n'étoient pas richement vêtus, et il les^arrêta pour leur demander
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d'oïl ils venoient et où ils alloient. Orviedo r^ondit qu'ils étoient du quartier du marquis d' Astorgas, et que quelques affaires les àppeloient à Séville. Là-dessus le ppé vôt voulut voir leur congé ; et cotnme ils n'en avoient point, il étCMt dans la résolution de les conduire au quartier dont ils se disoient. Au défaut du congé , Ozmin tira d'un de ses«di||gts un fort beau diamant qu'il présenta à M. le prévôt, qui, charmé du présent , leur fit mille excuses de les avoir arrêtés, et voulut absolument les accompagner jusqu'à Loja, pour leur montrer qu'il savoit vivre, et qu'il avoit un cœur très reconnoissant.
Ils arrivèrent à Séville, sans avoir eu d'autre aventure que celle-là;, ils allèrent loger au faubourg qui est au delà du Guadalquivir : mais quoique ce quartier soit le plus écarté de la ville et le plus obscur, il étoit alors si plein de monde et d'équipages, qu'à peine y purent-ils trouver un logement; et il ne faut pas s'en étonner, puisque c'étoit huit jours avant la course des taureaux, dans le^temps que chacun s'occupoit des préparatifs superbes qui se faisoient pour cette fête. Nos Maures, pour être bien instruits de tout ce qui se passoit à la cour, n'eurent qu à écouter les domes-v tiques de divers seigpeurs dont leur hôtellerie étoit pleine , ainsi que celles de la ville.
Ces domestiques en apprirent à Ozmin plus qu'il n'en auroit voulu savoir : ils lui dirent entre autres choses que don Alonse s'appeloit le chevalier de la belle Maure; qu'elle avoit plusieurs autres amants, mais que celui-ci l'emportoit sur tdus ses rivaux; et que si cette dame, comme il y avoit toute apparence, embrassoit
le christianisme, le bruit couroit que Zuniga rëpouseroit. Pour comUe de tourments, ils prirent la peine de lui peindre ce cavalier avec des couleurs capables de désoler un galant délicat et aussi passionné- que ce malheureux Maure ; il ^ut besi^in d'un confident tel qu'Orviedo, pour Tempêcher de retomber dans les fureurs qui avoient pepsé lui causer la mort. Cet adroit éciiyer le rassura peu à peu , en lui représentant que ses alarmes offensoient Daraxa, qui laimoit trop pour cesser de lui être fidèle; qu'au reste il n'étoit pas sur* ' prenant qii'une personne si charmante eût inspiré de l'amour d^ns une cour où régnoit la galanterie. Or« viedo acheva de calmer les agitations de son maître, en lui faisant. faire réflexion que la fête qui«e préparoit lui fourniroit une belle occasion de juger par lui-même du mérite de ses rivawc, commede l'attention que sa maîtresse pouvoit avoir pour eux, et qu'ensuite il se régleroit sur ses jobservations. Ozmin se rendit à ses raisons, et principalegfient à la dernière; il ^e promit de bien observer Daraxa : en même temps, pour montrer à cette dame la différence qu'il y avoit de lui à ses rivaux, et faire éclater sa force et scm adresse aux yeux de la cour catholique, il résolut de se mettre de la course des taureaux. 11 chargea son écuyer du soin de faire préparer tout ce qui leur étoit nécessaire pour. cet exercice inventé par les Maures, et pour léquiel, sans contredit, Ozmin étoit le premier cavalier de cette nation.
Le jour de ia fête enfin arriva : jamais on n'a vu tant de magnificence; tout étoit en ordre dès le matin; onrie voyoit que de riches, meubles et de belles ^tapis-
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séries dans les rues par où Ferdios^sd et IsabeHe dévoient passer avec leur cour pour aller à la grande p^e destiaée aux jeux de canne» et aux courses de taureaux. Il y av(»t dans cette place un nombre prodigieux de toutes sortes de personnes assises sur des amphithéâtres qui régnoîent tout autour; et Ton aperce voit de toifô côtéSy aux fenêtres et aux balcons, une infinité de damea el de cavaliers habillés si superbement,, que les spectateurs formoient un premier spectacle qui diar* nu)ît les jeux.
Sur les trois heures après midi , le roi et la reine se raidirent à leur balcon, qui étoît orné naginfiquement; et, dans un autre à calé, se plaça la belle Afaure avee {duaieurs damesetquelques vieux seig33eiiir& qui , n'étant plus propres à ces courses^ en kissoîent ù regret aiax jeunes tout Thonneur. On oommença, suivant la cou-^ tume, par le combat des taureaux ;. on en lâdia d'abc^rd un qui n'étoît pas des plus terribles : aiissi ful-il bientôt terrassée*
Nos deux Maures étoient déjà sur la place; ils se tenoienli hor&de la carrière parmi plusieurs, autres per* sonmes à cheval, pouir voir comment lea ehrétiene sy prenoient. Il ne faut pas demander si Ozraîn chercha des yeux sa maîtresse : il la dém^ faeilement; et sa sorpnse fuit extrême, quand il s'apevewt qu'elle étoit yétue à l'espagnole; il en conçut un malheureux présag^e : eepeiidant,. quoiqu'il ne la considéi^ que de loin, il ne laissa pas de remarquer quelle avoit un air trkte« Ea effets elle s.'iiitéressott si peu à cette fête , ^<il lui avoit fallu un ordre exprès de: la rekie pour ^oblflg^^à séparer; êncoi^ ne sWétoiOelle acquittée
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quâvec beaucoup de négligence : le coude s^puyc sur ie b£^i), et b têfe sw sa main^ elle protnenott indifféreentAent sa vue de toutes parts, ou, pour mieux dire , elle ne yoyoit ri^ , tant elle étoit occupée d'autres cbqse^.
Quoique sa mélancolLe fût susceptible de différentes interprétations^ O^rain, par ua reste d'espérance^ Vex^ pliqua en sa faveur, et en sentit un secret plaisir que les aEnants délicats sont seuls capables de sentir* Taudis qu'il c^ervoit avec tant d^aUention Daraxâ„ ie grand bruit que fit te peuple,, en voyant lâcher rni second taureau ptu& fort et plus médiiant que le premier, détacha ses yeu^ et son esprit du balcon qui le&occiipoLt II regarda dan& la carrière; il ^it que la bêle domioit bien de Texereiee aux cavaliers qui combattotentcoiitre elle : comme il ne vQukiii lEontrev ce qu'il savoit faire qu'af»rèa la «dort de ce second taureau, il senM>it, quoiquie Orviet^ et lui fussent mûgnifiquementéquipés, qu'ils a'eusaeni pas dessein de se mettre de la partie; ce qui xm manqua pas d'ikonner Les spectateurs qui étoieott aaiitour d'eux : Pourquoi, se disoient-ik hautement les UBâ aux autres , ces deusicfaainpîoDS demeurentils ain^î k&v^ df% la barrière? Ne sontrib donc venus ici que pour voir les eooiirses? N'oseruienl-ils entrer? Qnfr ijis^ pi^ur de recevoir des coups de CQtnes? STe portentiU Ud^ lance que pour la prêter à quelque cavalier plus dig^ qu'ensc de &'en {aiire honneur?
Ces mllerie^sl ordinaires au p^MipIe, qui n'épargne pefstowe m pareiUe ofioasioa,. étDbnt entendues ilû maître et, de l'éc^y^r, <pi le^ méprisaient ;. ils;n'ét(H€»t attentifs qu'à l'iasu^ de la <;wrse du taureau qu'on
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v^yoit dans la carrière. Ce fier animal avoit déjà mis hors de combat deux cavaliers;^t , devenu^plus furieux par deux légères blessures que don Alonse lui ayoit faites, il s'en vengea sur son cheval qu'il jeta roide mort sur ta place; mais alors don Rodrigue de Padilla, Tun des plus forts cavaliers de la troupe, frappa si rudement le taureau, qu'il n'eut pas besoin d'un second coup pour l'achever.
On alloit en lancer un troisième^ quand le seigneur maure, qui s'en aperçut, fit signe à Orviedo de marcher et de faire ouvrir la barrière : ils avoient tous deux trop bonne mine pour qu'on leur refusât l'entrée. Us ne furent pas sitôt dans la carrière, que tout le monde eut les yeux sur eux. Il régna d'abord dans la place un silence applaudissant : chacun prenoit plaisir à considérer la richesse de leurs armes, le goût galant dé leur équipage, et plus encore le grand air qu'ils avpient à cheval. Ozmin surtout s'attiroit les regards de l'assemblée par la grâce et la noblesse de son maintien. Ils avoient l'un et l'autre le visage eo\ivert d'un crépon bleu, pour marquer qu'ils ne vouloient pas être connus. L'écuyer portoit la lance de son maître d'une autre manière que les Espagnols, et Ozmin avoit à son bras gauche le mouchoir brodé dont sa maîtresse lui avoit fait présent, et qui n'étoit pas non plus une galanterie à l'usage du pays : ce qui faisoit juger q»e s'ils n'étoient pas étrangers, ils vouloient du moins le paroître; mais on ne les soupçonnoit futlement d'être Maures. Ferdinand ne fut pas des derniers à jeter la vue sur eux, et il les fit remarquer à la reine, qui ne prit pas moins de. plaisir que lui à les regarder. Tous