‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 45 sur 328 · LIVRE I, CHAP. IX. lor · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX. lor

pieds d'Ozmin , qui s'empressa de le ramasser. Cet hir cident fut cause que la dame baissa la vue et qu'elle reconnut son cher Maure ; dès ce moment elle ne détourna pas les yeux de dessus lui. Comme quelques personnes du peuple dont il étoit environné vouloient de gaieté de cœur l'obliger à rendre le bouquet par force , Daraxa leur cria de le lui laisser , et ajouta même qu'il étoit en bonnes mains : à ces mots qui terminèrent le différend , l'heureux Ozmin , devenu possesseur paisible d'une faveur qu'il croyoit plutôt devoir à l'amour qu'au hasard , l'attacha par galanterie à son chapeau.

Après cela, nos deux amants commencèrent à se faire des signes qui formoient un langage muet et très commun entre les Maures; ce que les Espagnols ont depuis appris d'eux, aussi-bien qu'une infinité d'autres choses qui font passer aujourd'hui notre nation pour la plus galante de TEurope. Ozmin et sa maîtresse s'entretenoient donc de cette sorte, sans que personne y «prît garde , tous les spectateurs étant trop attentifs aux combats des quadrilles pour faire une pareille remarque. D^ailleurs, qui pou voit s'imaginer que la belle Maure , qui se montroit si peu sensible aux soins des plus aimables seigneurs de la cour, eût trouvé dans la foule du peuple un objet digne de l'occuper.

Mais des moments si doux ne durèrent que jusqu'à la fin des jeux de cannes; car dès qu'ils furent achevés, on lâcha , comme on fait ordinairement pour couronner la fête, le dernier taureau, qui n'étoit pas moins redoutable que celui qui avojt été tué par Ozmin. L'animal, en entrant dans la carrière, fit assez con-

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noître par ses induvements qu'il vendroit bien cher sa vie. Don Rodrigue de Padilia , àoù Jiiain de Castrd, don Alonse et plusieurs autres chevaliers descendirent de cheval à l'envi, pour combattre à pied la bêfè, qui fit bientôt Sentir là dureté de ses cornes à deux ou trois d'entré eu*. Il y en eût ihéwe Un qu'il fallut ertlportei*, et qui étoit à detrïi-mort; cela ralentit un peu l'ardeur des autres.

En effet on ne pouvoit, sans être un véritable chevalier errant, prendre iin fort grand plaisir à se battre eotitl^e un taureau dont la vue îrispiroit de l'effroi; il écumoit de rage, grattoit de son pied la terre j et regardôit en face chaque champion, comme s'il eût Voulu en dhoiàir un potir èé jeter sûf lui. Don Alonse, poussé par son àmout-, souhaitoit néanmoins, âù J)éril dé sa vie, de faire quelque actiori d'éclat aux yeux dé sa belle Mdure. Dans ce dessein, pour être mieux rëniarqué d'elle , il s'avança vers son balcon , et là, péiidant qU'il aftendoit que Tanimàl vînt de son coté, il apet-ijiît Ozniin qui étoit toUt seul en cet éhdroit^ là peiir en ayant écarté le peuple qui étoit autour de lui auparavant. 11 n'avoit pas tenu à Dâraxa qUë ce jeune Maure n'eût aussi pris la fuite; mais elle lui âVoit vainemeht fait signe de se retirer, ou du ilioius dé montet* sur un échàfaud : il né s'étoit paô laissé Vaincre aux alarriies de cette dame; le vainqueur du taureau dé Tarita auroit cru se déshonorer s'il eût paru en appréhender un autre.

Zuniga considéra fort attentlvemeUt ce cavalier, ou plutôt le bouquet qu'il «voit sUr son chapeau , et qu'il reconnut facilement à la clarté des flambeaux dont

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