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passa plus que pour un petit exploit en comparaison de celui-ci, que le désavantage de combattre à pied rendoit plus glorieux ; aussi les acclamations en durèrent plus long - temps. Ozmin se déroba par un^ prompte retraite à la curiosité des personnes qui cherchèrent à le connoître. Le roi même eut beau demandera le voir , on fut obligé de lui dire qu'il venoit de disparoître , et qu'on ne savoit qui il étoit.
Parlons à présent de Daraxa. Cette dame, attentive à la querelle des deux rivaux, avoit été sur le point d'en avertir leurs majestés, pour en prévenir les suites, au hasard de faire perdre la liberté à son cher Maure; mais la frayeur dont elle avoit été tout à coup saisie , en voyant le taureau prêt à se jeter sur eux, lui avoit ôté la parole et le sentiment. Cependant les nouvelles acclamations qui se faisoient entendre dans la place la , tirèrent peu à peu de cet état; c'est ainsi que cette tendre amante passoit successivement de la joie à la douleur, et de la douleur à la joie. L'amour n'en fait pas d'autres ; il se plaît à faire sentir ses peines aux cœurs q^ il comble de plaisirs.
Comme l'aventure du bouquet étoit arrivée presque sous les yeux de la reine , cette princesse y avoit pris garde; et, curieuse d'en savoir toutes les circonstances, elle en demanda dès le soir même le détail à la belle Maure et à dona Elvire de Padilla , qui avoient été toutes deux l'une auprès de l'autre pendant la fête. Daraxa, jugeant à propos de laisser parler Elvire , quoiqu'elle eût pu mieux qu'une autre rendre raison de ce différend, dit qu'elle y avoit fait peu d'attention. Dona Elvire fut donc obligée de raconter ce qu'elle avoit vu
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et entendu ; mais comme elle laiàsoit plus à là reine à souhaiter d'apprendre quelle ne lui en apprenoit, Cette princesse , espérant que don Alônse pourrôit entièrement satisfaire sa efuriosité , envoya chez lui le viéut marquis d'Astorgàs, aussitôt que la blessure de ce jeune seigneur lui permit de voir du monde. Voici de quelle manière le marquis, homme de bonne humeur, s'acquitta de sa commission.
Hé bien! seigneur chevalier sans peur, dit-il à 2uniga en entrant dans sa chambre, que pensez-vous de ces vilains animaux cornus qui ont si peu de respect pour les beaux garçons? Vous m'avouerez qu'il ne fait paà bon d'avoir affaire à eux? Il y a long-temps , lui répondit en souriant don Alodse , que vous le savez aussi bien que moi ; mais , reprit le marquis d'un air .sérieux , né me direz -Vous point qui est le vaillant homme qui vous a secouru si à propos? Il est étonnant que* de tant de braves qu'on voit à la cour, aucun ne se soit montré assez de vos amis pour vouloir lui disputer cet honneur; cependant on assure que vous étiez prêt à vous battre contre un cavalier si généreux.* Je sais mieux que personne ce que je lui dois , répondit Zuniga , et le peu de sujet qu6 je lui avois donné de me tirer d'un si grand péril. Tout ce qui me fâche , ajouta-t-il, c'est que je ne le connois point ; je suis si charmé de sa valeur et du procédé qu'il a eu avec moi, que je ne puis être content que je n'aie trouvé l'occasion de découvrir qui il est^ et de m'acquitter envers lui.
Si vous n'avez pas d'autre chose à m'apprendre, dit alors le marquis , la reine auroit bien pu se passer de
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m'envoyer ici; elle n'en sera pas plus avancée. Elle n'ignore pas le sujet du démêlé que tous avez eu avec l'inconnu ; la belle Maiire et dona Ëlvire Fen ont instruite : elle croyoit que vcms en saviez davantage, et toute la cour avec elle est justement étonnée que deux cavaliers , après avoir fdit d«ux actions si glorieuses , prennent autant de soin dé se cacher, que les autres en ont ordinairement de se faire conno)tre. Ferdinand même, qui leur destine des rédômpënses, vdudroit bien qu'ils se montrassent, et surtout le dernier, qu'un s'imagine n'être pas uii homme d'une condition diftiinguée. Won, si l'dn en juge par Khabit, *'écria don Aloiise; j'en ai poilé d'abord le mêltié jugêihèiit, et je suis persuadé que je ne lui ai pas rendu justice ; quoi qu'il en toit , c'est un gfc*and homme , et c'est tout ce que j'en puis dire. Le ttiarquis d'Âstorgas , ne pouvant tirer de Zuniga d'autres lumières là-dessus, s'en retourna auprès de la reine.
On crut à la cour que tout cela n'étoit pas sans mystère, et que don Alonse, par un retour de générosité, ne voulait pas déceler un cavalier qui souhaitoit d'êti;e inconnu. Pour DaraM, elle ne fut soupçonnée d'aucune intelligence , et l'on n^attribua le trouble qu'elle avoit fait paroitre pendant les courtes qu'au seul malheur de don Àlonse. Ou ci*ut, et l'on trouva cela fort juste , qu'elle avoit la bonté de s'intéresser pour un jeune seigheuf qui ëtoit son chevalier , et qui Taimoit éperdument. Elle jouissait toute âeUle du secret plaisir de savoir ce qui se passôit ; mais ée plaisir étoit accompagné d'une iUquiétude qui eu corrompoit la douceur. Elle SÊtoii entendu ce qu Ozmin avoit dit à son rival au sujet
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du nœud de rubans : elle connoissoit la délicatesse des Maures sur cette matièrç, si bien qu'elle sereprochoit Fimprudence qu'elle avoit eue de donner à Zuniga une chose qui lui venoit d'une main si chère ; elle ne pouvoit se consoler d'avoir fait cette faute , quoique son cœur n'y eût eu aucune part. Elle ne pouvoit non plus écrire à Ozmin , ne sachant où il étoit logé ; il falloit bien qu'elle attendit que cet amant trouvât moyen de lui donner de ses nouvelles. Elle passa quelques jours dans cette attente si douce et si cruelle tout ensemble ; tantôt pensant avec plaisir que son futur époux étoit dans la même ville qu'elle , et tantôt dévorée par des impatiences mortelles de le revoir : mais enfin le temps amène tout.
Vous avez été apparemment dans les jardins du palais de Séville , et vous savez ce qu'on appelle le haut et le bas jardin ; ce sont deux jardins l'un sur l'autre : c«lui d'en haut, soutenu par des arcades, est au niveau du premier étage , et ne peut passer que pour un parterre ; celui d'en bas , qui est le plus grand , n'étoit alors ouvert qu'aux hommes de U cour , qui avoient la liberté d'y entrer à certaines heures. Le haut jardin n'étoit que pour les dames , qui s'y promenoient pour se faire voir aux seigneurs , avec qui elles s'èntretenoient quelquefois de dessus la balustrade qui règne à hauteur d'appui tout autour de ce jardin; mais ces conversations n'étoient permises que dans l'absence de leurs majestés; il falloit dans un autre temps se contenter du langage des signes. Il n'étoit pas défendu aux hommes de chanter^ même en présence du roi et de la reine , pourvu que le cavajier qui chantoit eût la voix helffe.