‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 49 sur 328 · LIVRE I, CHAP. IX. III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX. III

^re pas Yeim pour tien , et avec l'envie d'y revenir plus d'une fois.

Le billet de Daraxa rendit la vie à ce tendre Maure, qui ne manqua pas le lendemain d'envoyer Orviedo à la parte du palais. Cet écuyer y trouva Laïda, qui, pour n'être pas connue , s'étoit couverte d'une mante noire des pkis épaisses. Dès qu'elle l'aperçut, elle l'a^ borda et bii remit une Lettre de la part de sa maîtresse. Orviedo lui en donna une autre de la part d'Ozmin ; et avant qu'ils se séparassent, ils eurent ensemble une lissez longue conversaticm pour avoir de quoi faire chacun de son côté un rapport très satisfaisant. La lettre du seigneur maure ne cou tenoit^que des plaintes, et oelle. de Daraxa , que des protestations d'innocence et de fidélité. Ils £urex)i^ tous deux bieutôt d'accord. 11 y a de la voltupté idaj^s les querelles amoureuses ; mais il -ne ÙMi pas qu'elles durent long -temps : il est bon encore ^'elles xie soient; pas fréquentes, autrement ëUe^ peuvent pr^uire de mauvais .e£Eets.

Quelle consolation pour oos amants d'avoir trouva mpyen d'établir entre eu^un commerce àe lettires, etde ^ voir même quelq^ois ! ijà belle Maure auroit bien vpulu se promeiiker l^ute seule dans les jardins du palais^ pour ép^er l'occasion de parler en liberté à Ozmin; mais c'étoit trop risquer. Jls se seroient perdus l'un et l'ai;ri^e , si quelque personne <de la <:our les eut vus s'entcetqnidr ensemble. D'ailleurs Ëlvire, à qU«i le seigneur BMjjre avoit donné dans la vue , ne ^quittoit point sop amie , et ne cessoii de lui parier du oivalier à la belle voiic. £ile Im proposa même dès le jour suivant d'aller dans les jardins , en lui disant ^qu'elles pourroient le

lia GUZMAN D'ALFARACHE

rencontrer là. Notre complaisante Maure , qui ne de-

niandoit pas mieux , accepta la proposition.

Les voilà toutes deux dans le jardin haut, d'où elles n'eurent qu'à regaixler dans le jardin bas, pour y démêler l'homme qu'elles cherchoient. Il venoit d'arriver, et il étoit assis au même endroit que le jour précédent. Dona Elvire , qui pouvoit passer pour une des plus charmantes de la cour , ne se contenta pas de se montrer au cavalier, elle obligea son amie à suivre son exemple. OzminafTecta de paroître surpris de leur vue, et fit semblant de vouloir se retirer par respect ; mais Elvire , pour l'arrêter , lui adressa la parole : il répon* dit , et insensiblement ils s'engagèrent tous trois dans un entretien qui fut vif, at cela sur le pied d'un inconnu avec deux dames inconnues.

Le seigneur maure fit remarquer dans cette occasion qu'il avoit beaucoup d'esprit , et dona Elvire n'y brilla pas moins. Animé des mouvements d'une passion naissante, elle disoit mille jolies choses qu'elle n'auroit pas dites de sang-froid, quoiqu'elle fût naturellement très spirituelle. Pour Daraxa , elle se divertissoit à les écouter , comme une fille qui avoit son compte. Enfin chacun étoit fort content, et les moments s'écouloient avec la rapidité dont ils passent ordinairement quand ils sont agréables. S'il parut que le cavalier ne les troiivoit pas longs, les dames, de leur coté, firent assez connoître qu'elles ne s'ennuyoient point avec lui^ puisque le roi venoit de rentrer dans le palais, et qu'elles ne songeoient nullement à se retirer. 11 fallut que le jardinier vînt avertir Ozmin qu'il étoit temps de sortir : encore Elvire, avant la séparation, voulut-elle s'assurer

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