‹ Œuvres de Le SageChapitre 107 sur 321 · LIVRE VIII, CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAP

cela ne fût guère de mon goût , je ne laissai pas de paroître fort disposé à faire ce qu'on désiroit. Je suis charmé, répondis-je à Navarro, de pouvoir vous marquer la vive reconnoissance que j'ai de tout ce que vous avez fai^ pour moi. Il suffit que vous vous intéressiez pour quelqu'un; il n'en faut pas davantage pour me déterminer à le servir. Votre ami aura cet emploi que vous souhaitez qu'il ait, comptez là-dessus ; ce n'est plus votre affaire, c'est la mienne.

Sur cette assurance Joseph s'en alla très satisfait de moi; néanmoins la personne qu'il m'a voit recomman* dée n'eut pas* le poste en question. Je le fis accorder à . un autre homme pour mille ducats que je mi$ dans mon coffre-fort. Je préférai cette sommé aux remercîments que m'auroit faits man chef d'office , à qui je dis d'un àir mortifié quand nous nous revîmes : Ah! mon cher Navarro , vqus vous êtes avisé trop tard de me parler. Calderone m'a prévenu ; il a fait donner ^ l'emploi que vous savez. Je suis au désespoir de n'avoir pas une meilleure nouvelle à vous apprendre.

Joseph me crut de bonne foi, et nous nous quittâmes plus amis que jamais ; mais je crois qu'il découvrit bientôt la^ vérité , car il ne revint plus chez moi. Au lieu de sentir quelques, remords d'en avoir usé de la sorte avec un axai véritable, et à qui j'avois tant -d'obligation , j'en fus charmé. Outre que les» services qu'il m'avoit rendus me pesoient, il me.sembloit que dans la passe où j'étois alors à la cour, il ne me convenoit plus de fréquenter des maîtres d'hôtels. ^

^ Cependant , par la suite , Gil Blâs retrouvera Joseph , <{ui lui rendra un gra^d service , livre xi , chapitre m.

ipo GIL BLâS.

Il y a long-temps que je n'ai parlé du comte de Lemos; venons présentement à ce seigneur. Je le voyois quelquefois. Je lui avois porté mille pistoles , comme je l'ai dit ci^levant, et je lui en portai mille autres encore par ordr^ du duc son oncle , de l'argent que j'avois à son excellence. Le comte de Lemos ce jour-là voulut avoir un long entretien avec moi. Il m'apprit qu'il étoit enfin parvenu à son but , et qu'il possédoit entièrement les bonnes grâces du prince d'Espagne, dont il étoit l'unique confident. Ensuite il me chargea d'une commission fort honorable , et à Jaquelle il m'avoit déjà préparé. Ami Saiitillane, me dit-il, c'est maintenant qu'il faut agir. N'épargnez rien pour découvrir quelque jeune beauté'qui soit digne d'amuser ce prince , galant. Vous avex de l'esprit ; je ne vous en dis pas davantage. Allez, courez, cherchez, et quand vous aurez fait une heureuse découverte , vous viendrez m'en avertir. Je promis au comte de ne rien négliger pour bien m'acquitter de cet emploi, qui ne doit pas être fort difficile à exercer , puisqu'il y a tant de gens qui s'en mêlent.

Je n'avois pas toi grand usage de ces sortes de recherches ; mais je ne doutois point que Scipion ne fût encore admirable pour cela. En arrivant au logis , je l'appelai et lui dis en particulier : Mon enfant, j'ai une confidence importante à te faire. Sàis-tu bien qu'au milieu des faveurs de la fortune je sens qu'il me manque quelque chose? Je devine aisément ce que c'est, interrompit-il sans me donner le temps d'achever ce que je voulois lui dire ; vous avez besoin d'une nymphe agréable pour vous dissiper un peu et vous égayer. Eren

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