‹ Œuvres de Le SageChapitre 119 sur 321 · LIVRE VïII, CHAP. XIII. fiii · texte numérisé non relu

LIVRE VïII, CHAP. XIII. fiii

cesse agite. Tu foitnes projet sur projet pour t'eprichir, et plus tu amasses de )3ien, plus tu veuK en amasser. Outite cela, te le dirai-je? tu n'as plus avec moi ces épanchements de cœur, ces •mafi'ièrés libres qui font le charme des liaisons. Tout au contraire, tu t'enveloppes, et me caches le fond de ton âme. Je remarqtre même de la contraint-e dans les honnêtetés que tu me fais. Enfin, Gil Blas n'^t plus ce même Gii Blas que j'ai connu^

Tu plaisantes sans doute, lui repondis -je d*tin air assez froid. Je n'aperçois en moi aucun changement. Ce n'est point à tes yeux, répliqua-t-il , qu'on doit s'en rapporter; ils sont fascinés. Crois-moi, ta métsmuorphose n'est que trop véritable. En bonne fm, mon ami, parle : vivons -nous ensemble comme autrefois? Quand j'aïlois le matin frapper à ta perte, tu venois m'ouvrir toi-même encore tout endormi le plus souvent , et j'entrois dans ta chambre sans façon. Aujourd'hui, quelle différence! Tu as des laquais. On me fait attendre dans ton antichambre, et il fiaut qu'on m'annonce avant qup je puisse te parler. Après cela, comment me reçois-tu ? avec une politesse glacée, et en tranchant du seigneur. On diroit que mes visites commencent à te peser. Crois-tu qu'une pareille réception soit agréable à un homme qui t'a vu son camarade ? Non, SantUlane, non; elle ne me convient nullement. Adieu, séparons -nous à l'amiable. Défaisons-nous tous deux, toi d'un censeur de tes actions, et moi d'un nouveau riche qui se méconnoît.

Je me sentis plus aigri que touché de ses reproches, et je le laissai s'éloigner sans faire le moindre effort

»^r2 ^mL BLAS.

p0ur le retenir ^. Dans la situation oîi étoit mon «s- .|>Fit, Tamitié d'un poëte ne me paroissoitpas une choae assez précieuse pour devoir m'affliger de sa perte. Je trouvois de quoi m'en consoler dans le commerce de quelques petits officiers du roi, auxquels un rapport d'humeur me lioit depuis peu étroitement. Ces nouvelles connoissances étoient des hommes dont la plupart venoient de je ne sais oîi , et que leur heureuse étoile avoit fait parvenir à leurs postes. Ils étoient déjà tous à leur aise; et ces misérables, n'attribuant qu'à leur mérite les bienfaits dont la bonté du roi les avoit Xîomblés, s'oublioient de même que moi. Nous nous imaginions être des personnages bien respectables. O fortune ! voilà comme tu dispenses tes faveurs le plus souvent. Le stoïcien Épictète n'a pas tort de te comr parer à une fille de condition qui s'abandonne à des valets.

' Gil Blas retrouvera Fabrice, et rappellera son anù. Voyez les chapitres yiI; x et xiy du li-vre xi , et le chapitre yii du liyre xii.

JEVX DU I^rVUE HUITIÈME.

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