‹ Œuvres de Le SageChapitre 122 sur 321 · Livre ix^ chap. i · texte numérisé non relu

Livre ix^ chap. i

peu de chose. I^e beau-père ne perdit pas une de ces paroles; et je crus remarquer, quand il se retira, qu'il étoit fort satisfait.

Scipionne manqua pas de Taller voir le jour suivant dans la matiniée, pour lui demander s'il étoit content de moi. J'en suis charmé, lui répondit le bourgeois; ce garçon-là m'a gagné le cœur. Mais, seigneur Scipion, ajouta-t-il, je vous conjure, par notre ancienne connoissance, de me parler sincèrement. Nous avons tous notre foible, comme vous savez. Apprenez-moi celui du seigneur de Santillane. Est-il joueur? est-il galant? Quelle est son inclination vicieuse? Ne me la cachez pas, je vous en prie. Vous m'offensez, seigneur Gabriel, en me faisant cette question, repartit l'entremetteur. Je suis plus dans vos intérêts que dans ceux de mon maître. S'il avoit quelque mauvaise habitude qui fût capable de rendre votre fille malheureuse , estce que je vous l'aurois proposé pour gendre ? Non parbleu! je suis trop votre serviteur. Mais , entre nous, je ne lui trouve point d'autre défaut que celui de n'en avoir aucun* Il est trop sage pour un jeune homme. Tant mieux, reprit l'orfèvre; cela me fait plaisir. Allez, mon ami, vous pouvez l'assurer qu'il aura ma fille, et que je la lui donnerois quand il ne seroit pas chéri du ministre.

Aussitôt que mon secrétaire m'eut rapporté cet entretien, je courus chez Salero, pour le remercier de la disposition favorable où il étoit pour moi. 11 avoit déjà déclaré ses volontés à sa femme et à sa fille, qui me firent connoître, par la manière dont elles me reçurent, qu'elles y étoient soumises sans répugnance. Je menai

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le beau-père au duc de Lerme, que j'avois prévenu la veille, et je le lui présentai. Son excellence lui fit un accueil des plus gracieux, et lui témoigna de la joie de ce qu'il avoit choisi pour gendre un homme qu'elle affectionneit beaucoup, et qu'elle prétendoit avancer. Elle s'étendit ensuite sur mes bonnes qualités, et dit tant de bien de moi, que le bon Gabriel crut avoir rencontré dans ma seigneurie le meilleur parti d'Espagne pour sa fille. Il en étoit si aise, qu'il en avoit la larme^ à Toeil. Il me serra fortement entre ses bras lorsque nousnous séparâmes, en me disant : Mon fils, j'ai tant d'im*patience de vous voir l'époux de Gabriela, que vous le serez dans huit jours tout au plus tard.

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