LIVRE X, CHAP. X. 3yi
trop d'esprit pour votre âge. Je n'aime point à jouer ave^ des geas qui ont tantotune carte de plus et tantôt une carte de moins. Otez-vous de devant mes yeux, ajouta-t-il en claangeaaitde ton, de peur que je ne vous fasse chanter s'ans solfier.
Je lui épargnai la peine de me idiredeux fois de me retirer. Je -m'éloignai de lui dans le moment, mourant de pettr qu'il ne me fît quitter mon haJbit , iqu'heureusem^at il «le laissa. Je marchois ie long des rues en ré^ va«t où je pourrois, avec deux réaux que j'avois pour tout kkatïj aller gîter. J'arrivai à la porte de l'Archevê«àîé; et, commeontravailloit alors au souper dembnsei^eur, îl sortoit des cuisines une agréable odeur qui se faisoiteentir d'une lieue à la ronde. Peste! dis-je en moi-même, je m'accommodeBois volontiers de quelqu'un de ces ragoûts ?qui prennent au nez; je me contonterois «même d'y tremper les quatre doigts et le pouce. Mais quoi! =ne pui&^e imaginer un moyen de goûterde ces bonnes viandes dont je ne fais que humer la fumée? Pourquoi non? ceb ne paroît pas impossible. Je m'échauffai l'imagination là-de^us; et, à force de rêver, il jne vint dans l'esprit une ruse que j'employai surJe-^ohamp , et qui réussit. J'entrai dans la cour du .palais archiépiscopal en èourant vers les cuisines, et en criant.âe toute ma force : Au secours ! au secours ! comme si qïwlqu'un m'eût poursuivi pour m'assassiner.
:A'mcs <;ris rédoublés , maître Diego, le cuisinier de
l'archevêque, accourut avec trois ou quatre marmitons
pour en savoir la cause; et, ne voyant personne, que
moi, ils 1 me demanda pour quel sujet je cpiois si fort.
•Ah! seigneur, lui réponKlis-je en faisant toutes les dé-
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monstrâtions d'un homme épouvanté, par saint Polycarpe! sauvez-moi, je vous prie, dé la fureur d'un spa« dassin qui veut me tuer. Où est-il donc ce spadassin? s'écria Diego. Vous êtes tout seul de votre compagnie, et je ne vois pas un chat à vos troussés. Allez, mon enfant,, rassurez-vous; c'est apparemment quelqu'un qui a voulu vous faire peur pour se divertir, et qui a bien fait de ne pas vous suivre dans ce palais, car nous lui aurions pour le moins coupé les oreilles. Non, non, dis-je au cuisinier, ce n'est pas pour rire qu'il m'a poiu*suivi. C'est un grand pendard gui vouloitme dépouiller, et je suis sûr qu'il m'attend dans la rue. Il vous y attendra donc long-temps, reprit-il, puisque vous demeurerez ici jusqu'à demain. Vousysouperez et coucherez avec nos marmitons , qui vous feront faire bonne chère.
Je fus transporté de joie quand j'entendis ces dernières paroles; et ce fut pour moi un spectacle ravissant, lorsque ayant été conduit par maître Diego dans les cuisines, j'y vis les préparatifs pour le souper de monseigneur. Je comptai jusqu'à quinze personnes qui en étoient occupées ; mais je ne pus nombrer les mets qui s'offrirent à ma vue , tant la Providence avoit soin d'en pourvoir l'archevêché! Ce fut alors que, respirant à plein nèz la fumée des ragoûts que je n'avois sentis que de loin, j'appris à connoître la sensualité. J'eus l'honneur de souper et de coucher avec les marmitons, qui véritablement me régalèrent, et dont je gagnai si bien l'amitié, que le jour suivant, lorsque j'allai remercier maître Diego de m'avoir donné si généreusenjent un asile, il me dit : Nos garçons de cuisine m'ont témoigné tous qu'ils seroient ravis de vous avoir pour