‹ Œuvres de Le SageChapitre 240 sur 321 · LIVRE XI, CHÀP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHÀP. IV

d'hontaeiMT à un homme ^^ue le i^i fa'a conGé^ et dont il veut que je prenne soin? Non, saiis doute; je ne fais que mon devoir en te traitant honorablement. Ne t'étonne donc plus de ce que je fais pour toi, et compte qu'une fortune brillante et solide ne saiiroitt'échapper, si tu m'es aussi attaché que tu l'étois au^duc de Lerme.

Mais à propos de ce seigneur, poursuivit -il, on dit que tu vivois familièrement avec lui. Je suis curieux de savoir comment vous fîtes tous deux connoissance, et quel emploi ee ministre te fit exercer. Ne me dégmse rien , j'exige de tm Ua récit sincère. Je me souvins alors de l'embarras où je m'élois trouvé avec le duc de Lerme en pareil cas, et de quelle façon je m'en étois tiré; ce qu^ je pratiquai eneore fort heureusement, c'est-à-dire que dàris ma narration j'adoucis les endroits rudes, et passai légèrement sur les choses qui me faisoient peu d'homieur. Je ménageai aussi le duc de Lerme, i^uoiqu'^n ne l'épargnant point du tout j^eusse fait peut- être plus de plaisir à mon auditeur. Pour don Rodrigue de Calderone, je ne lui fis grâce de rien. Je détaillai tous les beaux coups que je savois qu'il aVoit faits dans le trafic des commanderies, des bénéfices et des gouvernements.

Ce que tu m'apprends de Calderone , interrompit le tiiinistre^çst conforme à certains mémoires qui m'ont été présentés contre lui, et qui contiennent des chefs d'accusation encore plus importants. On va bientôt lui faire son procès ; et , si tu souhaites qu'il succombe dans cette affaire je crois que tes vœux seront satisfaits '.

' C*est ici ie lieu ée finir l'histoire singulière de ce fameux premier commis. «La disgrÀce du duc de Lerme fut snîtie de près de celle de

Je ne désire point sa mort ^ lui dis- je, quoiqu'il n^ait point tenu à lui qde je n'aie trouvé la mienne dans la tour. de Ségovie, où il a été cause que j'ai fait un assez long séjour. Comment ! reprit son excellence avec ^tonnement, c'est don Rodrigue qui à causé ta prison ? voilà ce que j'ignorois. Don Baltazar, à qui Wavarro a raconté ton histoire , m'a bien dit que le feu roi te fît

« don Rodrigue Calderone, comte d'OlÎTa, son favori , qui fut arrêté « et mis en prison (en 1619). La fortune et le sort de cet homme ont

• quelque chose d*e?^traordinaîre. J\ étoit fils d'un pauvre soldat et «4*uae flamande» dont on n*auroit . jamaiu entendu parler sans leur « ù\fi , qui avoit de grands taleûts. Étant entré chez le duc de Lenne , « encore marquis de Dénia, il devint son favori. On a remarqué comme « une chose particulière au duc de Lerme , qu'il éleva son favori aussi « haut que s'il eût été celui du roi; non-seulement il le rendit riche

• 4e cent m^le ducats de rente, maisiljui procura des titres et des « honneurs , et lui permit même d'aspirer à une vice-royauté. Tant de « faveurs excitèrent l'envie , qu« son humeur' hautaine et méprisante « changea bientôt en haine ^'et son père lai prédit plusieurs fois qu'A « périroit s'il ne conduisoit mieux sa barqiiie. On l'accusa de la mor£ « du prince Philippe-Emmanuel de Savoie, de oqlle de la reine Mar- « guérite , et de plusieurs autres crimes ; mais après que son procès « eut duré deux ans et demi , on ne put prouver ce dont on l'accu- « soit. On le retint tout ce temps4à en prison. On prétend que l'on « tira le procès si fort en longueur, t%nt pour empêcher qu'il ne se « sauvât , que pour entretenir la haine du public contre le duc son «maitre, et prévenir le retour de sa faveur.» {Histoire universelle ^ tom. XXIX, pag. 109.)

Enfin « en i6ai , après avoir eu de Philippe m des lettres d'abso* lution de tons les grands crimes dont on l'^ivoit d'aborcf accusé, il fut condamné à la mort , « comme atteint et convaincu du meurtre de « deux gentilshommes espagnols. 11 fut décapité publiquement , et « mourut si courageusement et si chrétiennement , qu'il attira la com- « passioi^ de tout le monde. » Ibid, pag. 109.

Calderone fut une victime qui paya pour le duc de Lerme. Celui-ci , étant cardinal, brava les procédures à l'abri du respect qu'on avoit en Espagne pour la pourpre romaine.

Page 1