‹ Œuvres de Le SageChapitre 262 sur 321 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Santïllane fait donner un emploi a Scipion, qui part pour la Nouvelle-Espagne.

Spéculations mercantiles. — Voyage au Mexique.

Mon secrétaire ne regarda pas sans^nvie le bonheur inopiné du poète INunez : il ne cessa de m'en parler pendant huit jours. J'admire, disoit-il, le caprice de la fortune , qui: se plaît quelquefois à combler de biens un détestable auteur, tandis qu'elle en laisse de bons dans la misère. Je youdrois bien qu'elle s'avisât de m'enrichir aussi du soir au lendemain. Cela pourra bien arriver, lui disois-je, et plus tôt que tu ne penses. Tu es ici dans son temple ; car il me semble qu'on peut appeler le temple de la fortune la maison d'un premier ministre , où l'on accorde souvent des grâces qui engraissent tout à coup ceux qui les obtiennent. Cela est véritable, monsieur, me répondit-il, mais il faut avoir la patience de les attendre. Encore une fois , Scipion , lui répliquai-je , sois tranquille; peut-être es-tu sur le point d'avoir quelque bonne commission. Effectivement il s'offrit peu de jours après une occasion de l'employer utilement au service du comte-duc, et je ne la laissai point échapper.

Je m'entretenois un matin avec don Raimond Caporis, intendant de ce premier ministre, et notre conversation rouloit sur les revenus de son excellence.

Monseigneur jouit, disoit-il, des commanderies de tous les ordres militaires y ce qui lui vaut par an quarante mille écus; et il n'est obligé que de porter la croix d' Alcantara. De plus , ses trois charges de grand-chambellan, de grand-écuyer et de grand -chancelier des Indes, lui rapportent deux cent mille écus; et tout cela n'est rien encore en comparaison des sommes immenses qu'il tire des Indes : savez-vous bien de quelle manière? I^orsque les vaisseaux du roi partent de Séville ou de Lisbonne pour ce pays-là, il y fait embarquer du vin, de l'huile et des grains que lui fournit sa comté d'Olivarès; il ne paye point de port. Avec cela il vend dans les Indes ces marchandises quatre fois plus qu'elles ne valent en Espagne ; ensuite il en emploie l'argent à acheter des épiceries , des couleurs , et d'autres choses qu'on a presque pour rien dans le Nouveau-Monde , et qui se vendent ifort cher en Europe. Il a déjà par ce trafic gagné plusieurs millions sans faire le moindre tort au roi. '

Ce qui ne doit pas vous paroitre étonnant , continua-t-il , c'est que les personnes employées à faire ce ccxnmerce , reviennent toutes chargées de richesses , mcmseigneur trouvant bon qu'elles fassent leurs affaires avec les siennes.

Le fils de la Coscolina, qui écoutoit notre entretien , ne put entendre parler ainsi don Raimond , sans l'interrompre. Parbleu ! seigneur Caporis , s'écria-t-il , je serois ravi d'être une de ces personnes- là; aussi-bien il y a long-temps que je souhaite de voir le Mexique. Votre curiosité sera bientôt satisfaite, lui dit l'intendant , si le seigneur de Santillane ne s'oppose point à

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