LIVRE XI, CHAP. XIII
en faveur d'un brave gentilhomme appelé don André de Tordésillas, ci-devant châtelain de la tour de Ségovie ; j'aimerois à lui faire ce présent, pour reconnoître les bons traitements qu'il m'a faits pendant ma prison.
Ce discours iSt rire le ministre , qui me dit : C'està-dire, Gil Blas, que tu veux faire un gouverneur de prison royale comme tu as fait un vice-roi. £h bien! soit, mon ami, je t'accorde la place vacante pour Tordésillas ; mais dis-moi tout naturellement quel profit il doit t'en revenir; car je ne te crois pas assez sot pour ' vouloir employer ton crédit pour rien. Monseigneur, lui répondis-je, ne faut-il pas payer ses dettes? Don André m'a fait sans intérêt tous les plaisirs qu'il a pu , ne dois-je pas lui rendre la pareille? Vous êtes devenu bien désintéressé, monsieur de Santillane, me répliqua son excellence en riant ; il me seihble que yous l'étiez beaucoup moins sous le dernier ministère. J'en conviens, lui repartis-je : le mauvais exemple corrompit mes mœurs : comme tout se vendoit alors, je itie conformai à l'usage; et, comme aujourd'hui tout se donne, j'ai repris mon intégrité.
Je fis donc pourvoir don André de Tordésillas du gouvernement de la prison royale de Valladolid, et je l'envoyai bientôt dans cette ville aussi satisfait de son nouvel établissement que je Tétois de m'être acquitté envers lui des obligations que je lui avois.