‹ Œuvres de Le SageChapitre 88 sur 321 · LIVRE Vllî, CHAP. VI. iS · texte numérisé non relu

LIVRE Vllî, CHAP. VI. iS

gage. Seigneur, lui répondit le Cachemirien, Vos sou* baits peuvent s'accomplir. Eh, comment cela? reprit Atalmuc. C'est, répartit Zçangir, qu'un derviche cabaliste m'a enseigné la langue des oiseaux. Si vous le souhaitez, j'écouterai ceux-ci, et je vous répéterai mot pour mot. ce que je leur aurai entendu dire.

Le vizir y consentit. Le Cachemirien s'approcha des corbeaux y et parut leur prêter une oreille attentive. Après quoi , revenant à son maître , Seigneur , lui ditil, lé croiriez- vous? nous faisons le sujet de leur conversation. Cela n'est pas possible , s'écria le ministre persan. Eh! que disent-ils de nous? Un des deux, reprit le sect'étaire , a dit : Le voilà lui-même , ce grandvizir Atalmuc, cet aigle tut^laire qui couvre de ses ailes la Perse comme son nid , et qui veille sans cesse à sa conservation! Pour se délasser de ses pénibles travaux, il chasse dans ce bois avec son fidèle Zéangir. Qtie ce secrétaire est heureux du servir un maître qui a triîlle bontés pour lui! Doucement a interrompu l'autre corbeau, doucement^ rie vantez pas tant le bonheur de ce Cachemirien ! Atalmuc, il est vrai , s'entretient avec lui familièrement, l'honore de sa Confiance , et je ne doute pas même qu'il n'ait dessein de lui donner quelque jour un eniploi considérable; mais avant ce temfps-là Zéangir mourra de faim. Ce pauvre diable est logé dans une petite chanlbre garnie , où il manque des choses'tes plus nécessaires.* En un mot, il mène une vie misérable,sans que personne s*en\aperçoive à la. cour. Le gràndvizir ne s'avise pas de s'informer s*îl est bien ou maï^ daîis ses affaires; et^ content d'avoir pour Iwi de bons sentiments, il le laisse en proie à la pa#vreté.

i58 GIL BLAS.

Je cessai de parler en cet endroit pour voir venir le duc de Lerme, qui me demanda en souriant quelle inor pression cet apologue avoit faite sur Tesprit d'Âtalniuc, et si ce §rand- vizir ne s'étoit point offensé de la hardiesse de son secrétaire. I^on, monseigneur, lui répondis-je un peu troublé de sa question ; la £aUe ^\t au contraire qu'il le combla de bienfaits. Cela est heureux , reprit le duc d'un air sérieux ; il y a des ministres qui ne trouveroient pas bon qu'on leur fît des leçons. Mais, aputa-t-il en rompant Tentretien et en se levant^, je crois que le roi ne tardera guère à se réveiller ; mon devoir m'appelle auprès de lui. A ces nK)ts il marcha vers le palais à grands pas sans me parlei: davantage, et très mal affecté, à ce qu'il me.sembloit, de ma fable indienne.

Je le suivis jusqu'à la porte de fei chambre de sa majesté, après quoi j'allai remettre les papier» dont j'éfcois chargé à l'endroit où je les avois pris. J'entrai dans un cabinet où nos deux secrétaires copistes tra* vailloient,, car ils étoient aijssi du voyagé. Qu'avez- -^ vous, seigneur de Santillaue ? dirent41s en me^ voyant Vous êtes bien ému! Vous se^oit-il arrivé quelque désagréable accidenfi ? .

J'étois trop plein du mauvais succès de-momapchlogue, pour leur cacher ma douleur. Je leur fis le réeit des choses que j'a vois dites 2|U duc, et ils se monlrèrent. sensibles à la vive affliction dont je leur parus saisi. Vous ave? suj^et d'être chagrin , mè dit l'un des deux. Monseigneur quelquefois prend les choses de^ travers; cela n'est que» trop vrai, dit l'autre. Puissiez -vous être mieux traité qu# né le fut un secrétaire du cardinal

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