‹ Œuvres de Le SageChapitre 90 sur 321 · LIVRE VIII, CHAP. VI. i6i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAP. VI. i6i

Le duc ne put s'empêcher de rire du désordre où il me voyoit. Console -toi, Gil Blas, me répondit- il, et m'écoute! Quoiqu'en me découvrant tes besoins ce soit me reprocher de ne les avoir pas prévenus , je ne t'en, sais point mauvais gré , mon ami. Je me veux plutôt du mal à moi-même de ne t'avoir pas demandé comme tu vivois. Mais, pour commencer à réparer cette faute d'attention, je te «donne une ordonnance de quinze cents ducats , qui te seront comptés à vue au trésor royal. Ce n'est pas tout, je t'en promets autant chaque année; et de plus, quand des personnes riches et généreuses te prieront de leur rendre service , je ne te défends pas de me parler en leur faveur ••

Dans le ravissement où me jetèrent ces paroles, je baisai les pieds du ministre , qui , m'ayant commandé de me relever, continua de s'entretenir familièrement avec moi. Je voulus de mon coté rappeler ma belle humeur ; mais je ne pus passer si subitement de la douleur à la joie. Je demeurai aussi troublé qtt'un malheureux qui entend crier grâce au moment qu'il croit recevoir le coup de la mort. Mon maître attribua toute mon agitation à la seule crainte de lui avoir déplu , quoique la peur d'une prison perpétuelle n'y eût pas moins de part. Il m'avoua qu*il avoit affecté de me pa» roître refroidi , pour voir ^i je serois bien sensible à ce changement ; qu'il jugeoit par là de la vivacité de mon attachement à sa personne, et qu'il in'en aimoit davantage. ' *^ .

Gil Blas. II.

i62 GIL BLAS.

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