‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 101 sur 151 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

LE CHEVALIER, FRONTIN

FRONTIN

Un billet de dix mille écus ! La bonne aubaine, & la bonne femme ? Il faut être auffi heureux que vous l'êtes, pour en rencontrer de pareilles : favez-vous que je la trouve un peu trop crédule pour une coquette ?

LE CHEVALIER

Tu as raifon.

Ce n'eft pas mal payer le facrifice de notre vieille folle de comteffe qui n'a pas le fou.

LE CHEVALIER

Il ed vrai.

FRONTIN

Madame la baronne eft perfuadée que vous avez perdu mille écus fur votre parole, & que

fon diamant eft en gages ; le lui rendrez-vous, monfieur, avec le refte du billet ?

LE CHEVALIER

Si je le lui rendrai.

FRONTIN

Quoi ! tout entier, fans quelque nouvel article de dépenfe ?

LE CHEVALIER

Afîurément ; je me garderai bien d'y manquer.

FRONTIN

Vous avez des momens d'équité ; je ne m'y attendois pas.

LE CHEVALIER

Je ferois un grand malheureux de m'expofer à rompre avec elle à û bon marché.

FRONTIN

Ah ! je vous demande pardon : j'ai fait un jugement téméraire, je croyois que vous vouliez faire les chofes à demi.

LE CHEVALIER

Oh ! non. Si jamais je me brouille, ce ne fera qu'après la ruine totale de M. Turcaret.

Qu'après fa deflrudion, là, fon anéantiffement?

LE CHEVALIER

Je ne rends des foins à la coquette que pour ruiner le traitant.

FRONTIN

Fort bien : à ces fentimens généreux je reconnois mon maître.

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