SCENE XIL LISETTE, FRONTIN
FRONTIN
Cela ne commence pas mal.
Non, pour madame la baronne ; mais pour nous ?
FRONTIN lui remettant la bourfe.
Voilà déjà foixante piftoles que nous pouvons garder ; je les gagnerai bien fur l'équipage ; ferre-les ; ce font les premiers fondemens de notre communauté.
Oui ; mais il faut promptement bâtir fur ces fondemens-là ; car je fais des réflexions morales, je t'en avertis.
FRONTIN
Peut-on les favoir ?
LISETTE
Je m'ennuie d'être foubrette.
FRONTIN
Comment, diable ! tu deviens ambitieufe !
LISETTE
Oui, mon enfant. Il faut que l'air qu'on refpire dans une maifon fréquentée par un financier, foit contraire à la modeflie ; car, depuis le peu de tems que j'y fuis, il me vient des idées de grandeur que je n'ai jamais eues. Hâte-toi d'amaffer du bien ; autrement, quelque engagement que nous ayons enfemble, le premier riche faquin qui fe préfentera pour m'époufer...
Mais donne-moi donc le temps de m'enrichir.
LISETTE
Je te donne trois ans ; c'eft affez pour un homme d'efprit.
FRONTIN
Je ne t'en demande pas davantage : c'eft affez, ma princeffe ; je vais ne rien épargner pour vous mériter ; & fi je manque d'y réuffir, ce ne fera pas faute d'attention.