‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 133 sur 151 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LISETTE, M-'= JACOB, LA BARONNE, LE CHEVALIER, LE MARQUIS, M-« TURCARET.

M"® JACOB à la baronne.

Madame, je vous apporte la garniture que j'ai promife de vous faire voir.

LA BARONNE

Que vous prenez mal votre teras , madame Jacob ! vous me voyez en compagnie...

M"" JACOB

Je vous demande pardon, madame, je reviendrai une autre fois... Mais qu'eft-ce que je vois ? Ma belle-fœur ici ! madame Turcaret ?

LE CHEVALIER

Madame Turcaret !

Madame Turcaret !

LISETTE

Madame Turcaret !

LE MARQUIS

Le plaifant incident !

M""® JACOB à madame Tîtrcaret.

Par quelle aventure, madame, vous rencontrai-je en cette maifon.

j^jme TURCARET bas, à part.

Payons de hardieffe. {Haut, a madame Jacoh) Je ne vous connois pas, ma bonne.

W^^ JACOB

Vous ne connoiffez pas madame Jacob !

tredame ! efl-ce à caufe que depuis dix ans vous êtes féparée de mon frère qui n'a pu vivre avec vous, que vous feignez de ne me pas connoître ?

LE MARQUIS

Vous n'y penfez pas, madame Jacob : favezvous bien que vous parlez à une comteffe ?

M""" JACOB au marquis.

A une comteffe ! Hé ! dans quel lieu, s'il vous plaît, eft fa comté ? Ha! vraiment j'aime affez ces gros airs-là !

]y[me TURCARET.

Vous êtes une infolente, ma mie.

M"® JACOB a madame Tiircaret.

Une infolente ! moi, je fuis une infolente ! jour de dieu ! ne vous y jouez pas, s'il ne tient qu'a dire des injures, je m'en acquitterai auffi bien que vous.

Ho ! je n'en doute pas : la fille d'un maréchal de Domfront ne doit point demeurer en reftè de fottifes.

M'"^ JACOB

La fille d'un maréchal ! pardi ! voilà une dame bien relevée, pour venir me reprocher ma naiflance ! vous avez apparemment oublié que monfieur Briochais votre père étoit patiffier dans la ville de Falaife. Allez, madame la comteffe, puifque comteffe y a, nous nous connoiffons toutes deux : mon frère rira bien, quand il faura que vous avez pris ce nom burlefque, pour venir vous requinquer à Paris ; je voudrois, par plaifir, qu'il vînt ici tout-àl'heure.

LE CHEVALIER à madame Jacob.

Vous pourrez avoir ce plaifir-là, madame, nous attendons à fouper monfieur Turcaret.

^me TURCARET Cl part.

Ahi!

LE MARQUIS

Et vous fouperez auffi avec nous, madame Jacob ; car j'aime les foupers de famille.

M™* TURCARET h elle-même.

Je fuis au défefpoir d'avoir mis le pied dans cette maifon.

LISETTE a part.

Je le crois bien.

M°* TURCARET a elle-même.

J'en vais fortir tout-à-l'heure. {Elle va pour for tir.)

LE MARQUIS a madame Turcaret, l'arrêtant. Vous ne vous en irez pas, s'il vous plaît, que vous n'ayez vu monfieur Turcaret.

Mtne TURCARET.

Ne me retenez point, monfieur le marquis, ne me retenez point.

LE MARQUIS

Oh, palfembleu, mademoifelle Briochais,vous ne fortirez point, comptez là-deffus.

LE CHEVALIER

Hé! Marquis, ceffe de l'arrêter.

LE MARQUIS

Je n'en ferai rien : pour la punir de nous avoir trompés tous deux, je la veux mettre aux prifes avec fon mari.

LA BARONNE, Non, marquis ; de grâce, laiffez-la fortir.

LE MARQUIS h la baronne.

Prière inutile : tout ce que je puis faire pour vous, madame, c'eft de lui permettre de fe

déguifer en Vénus, afin que fon mari ne la reconnoifle pas.

Ah ! par ma foi, voici monfieur Turcaret.

M""' JACOB

J'en fuis ravie.

Mme TURCARET.

La malheureufe journée !

LA BARONNE

Pourquoi faut-il que cette fcène fe paffe chez moi ?

LE MARQUIS

Je fuis au comble de ma joie.

Page 1