CRITIQUE DE LA COMEDIE
alliez bon train , tout boiteux que vous êtes ; comment diable! nous étions tout à l'heure à Madrid, je n'ai fait que fouhaiter d'être à Paris, & je m'y trouve. Ma foi, feigneur Afmodée, c'efl un plaifir de voyager avec vous.
ASMODÉE
N'efl-il pas vrai ?
DON CLÉOFAS
Affurément. Mais dites-moi, je vous prie, dans quel lieu vous m'avez tranfporté. Nous voici fur un théâtre; je vois des décorations, des loges, un parterre ; il faut que nous foyons à la comédie.
ASMODÉE
Vous l'avez dit, & l'on va repréfenter tout à l'heure une pièce nouvelle, dont j'ai voulu vous donner le divertiffement. Nous pouvons, fans crainte d'être vus ni écoutés, nous entretenir, en attendant qu'on commence.
DON CLÉOFAS, La belle affemblée ! Que de dames !
Il y en auroit encore davantage, fans les fpectacles de la foire : la plupart des femmes y courent avec fureur. Je fuis ravi de les voir
dans le goût de leurs laquais & de leurs cochers ; c'eft à caufe de cela que je m'oppofe au deflein des comédiens. J'infpire tous les jours de nouvelles chicanes aux bateleurs. C'eft moi qui leur ai fourni leur fuiffe.
DON CLÉOFAS
Que voulez-vous dire par votre fuiffe ?
ASMODÉE
Je vous expliquerai cela une autre fois ; ne ibyons préfentement occupés que de ce qui frappe nos j^eux. Remarquez-vous combien on a de peine à trouver des places ? Savez -vous ce qui fait la foule ? C'eft que c'eft aujourd'hui la première repréfentation d'une comédie où l'on joue un homme d'affaires. Le public aime à rire aux dépens de ceux qui le font pleurer.
DON CLÉOFAS
C'eft-à-dire que les gens d'affaires font tous des...
ASMODÉE
C'eft ce qui vous trompe ; il y a de fort honnêtes gens dans les affaires ; j'avoue qu'il n'y en a pas un très-grand nombre : mais il y en a, qui fans s'écarter des principes de l'honneur & de la probité, ont fait ou font aéluellement leur chemin, & dont la robe & l'épée ne dédaignent pas l'alliance. L'auteur refpecle ceux-