‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 40 sur 151 · ESTELLE, LÉONOR, DON LUIS, DON ALONSE, LE CAPITAINE, CRISPIN · texte numérisé non relu

ESTELLE, LÉONOR, DON LUIS, DON ALONSE, LE CAPITAINE, CRISPIN

ESTELLE s' avançant vers la porte.

Quel audacieux peut venir?,..

DON ALONSE

Ne vous alarmez pas , madame ; un amant foumis & refpeélueux ne doit point... Mais quel objet s'offre à mes regards? Un homme avec ma fœur ^ ma maîtreffe !

LE CAPITAINE à lui-même, fe frottant les yeux.

Eft-ce une illufion ?

ESTELLE

Don Alonfe chez moi...! [Au capitaine.) Et c'efl vous, feigneur, qui l'introduifez !

LE CAPITAINE a EJîelle.

Ma préfence doit vous raffurer. Mais que fait ici ce cavalier?

Ouf!

DON ALONSE

Cet inconnu qui prend foin de fe cacher, ofîenfe mon honneur ou mon amour.

CRISPIN bas.

Notre livre fera confulté,

DON ALONSE mettant la viain fur la garde de fon épée.

11 faut qu'il éprouve le châtiment que mérite fa témérité.

LÉONOR tremblante , a elle-même.

Que vont-ils faire ?

'EST^lA.^ faifjfant le bras de don Alonfe.

Arrêtez, don Alonfe. Songez au refped que vous me devez.

LÉONOR au capitaine.

Seigneur don Lope, de grâce, calmez...

LE CAPITAINE

Écoutez. Point de bruit. Voici de quelle manière on peut accommoder la chofe.

ESTELLE a part.

Il va difliper cet orage,

LÉONOR a part.

Puiffe-t-il nous tirer de peine !

L'oracle va parler.

Crifpin, ferme la porte. Et vous, don Alonfe faites tous vos efforts pour tuer ce cavalier tout-à-l'heure.

LÉONOR faifant un cri.

Ah!

ESTELLE

O dieu!

LE CAPITAINE

Et fi, par malheur, il vous tue, je fuis ici pour le tuer après. Par ce moyen, votre mort fera vengée & votre honneur fatisfait.

CRISPIN a part.

\^oilà un tempérament de notre façon.

LÉONOR au capitaine.

Comment ! vous voulez , que , dans mon appartement même...

LE CAPITAINE a Eftelle.

Oui, ma nièce, il faut que cela foit. En pareille rencontre, c'ell ainfi qu'on en doit ufer.

CRISPIN a Ejîelle.

C'ell l'ordre, madame, c'elt la règle.

ESTELLE

Que dira-t-on de moi dans le monde ?

LE CAPITAINE

Soyez tranquille fur cela ; mon témoignage fuffit pour faire taire la médifance. Allons, feigneurs cavaliers, battez-vous à votre aife.

Oui, tuez-vous, égorgez-vous à votre aife. Mou maître efl dans fon élément.

Don Alonfe & don Luis mettent l'êpée a la main.

LÉONOR

A l'aide !

ESTELLE

Au fecours !

LE CAPITAINE arrêtant les cavaliers.

Attendez, don Alonfe ; je fais réflexion que vous ne connoiffez pas ce cavalier.

C O xM H I ) I E

DON ALONSE au capitaine.

Que m'importe ?

LE CAPITAINE

Il faut connoître l'offenfeur. [A don Luis.) Seigneur inconnu, découvrez-vous, & appreneznous qui vous êtes.

DON LUIS

Malgré les intérêts qui m'obligent à me cacher, je vais donc me faire connoître. [Il fe découvre.)

ESTELLE

Ah ! C'eft don Luis !

LE CAPITAINE

Que vois-je ? don Carlos !

ESTELLE a don Luis.

Qui t'amène ici , traître ? Viens-tu féduire mon amie, & couronner par là ta trahifon ?

DON ALONSE a EJlelle. Madame, laiffons-là les difcours. Je vais vous venger d'un infidèle, en punifTant un fuborneur.

LE CAPITAINE

Doucement, don Alonfe. Ce don Luis m'eft connu fous le nom de don Carlos. C'eft m.on meilleur ami. C'eft lui qui m'a fauve la vie en Flandres. Je dois défendre la Tienne.

CRIS PIN a don Alonfe.

Oui, nous périrons à fes côtés.

DON ALONSE au capitaine.

Mais, don Lope, il efl votre rival ; & de plus, vous avez promis de venger votre nièce de l'infidélité de don Luis.

LE CAPITAINE rêvant.

Il efl vrai.

DON ALONSE

Faut-il donc compter pour rien votre parole ?

LE CAPITAINE

Non.

CRISPIN a part.

Oh ! ma foi , pour le coup , notre recueil efl en défaut.

LE CAPITAINE a don Luis.

Don Carlos, ou plutôt dou Luis, puifque c'eft votre véritable nom, je fens toute l'obligation que je vous ai, mais l'honneur veut que mon bras s'arme contre vos jours. Je fuis au défefpoir d'en venir là avec vous. Pourquoi faut-il que vous fo3-ez fi coupable ? (// tire Vépée.)

En quoi, don Lope, fuis-je donc coupable?

LE CAPITAINE

En quoi? malgré la foi jurée, vous abandonnez ma nièce, vous vous mariez à Bruxelles, & vous revenez à Madrid féduire Léonor, ma maîtrefle.

DON LUIS

Je ne fuis point marié. C'efl une fable que mon valet a inventée dans l'embarras où il s'eft trouvé en rencontrant Eftelle.

LE CAPITAINE

Oh ! puifque vous n'êtes pas marié, c'eil une autre affaire. Il eft aifé de nous accorder.

DON ALONSE

Et comment cela ?

LE CAPITAINE, Don Luis n'a qu'à rendre fon cœur k ma uicce, & l'époufer dès demain.

DON ALONSE

L'époufer! 11 faut donc que je me venge des foins que don Luis a rendus à ma fœur fans mon aveu, & qu'en même tems je lui difpute le cœur d'Eftelle.

LE CAPITAINE a don Alonfe.

Soit ; mais fi vous ôtez la vie à don Luis, je ferai obligé d'attaquer la vôtre.

94 LE POINT-DHONNEUR

Il y a auiïi bien des rapports dans cette affaire-ci.

ESTELLE

C'efl à moi de finir tous ces débats... {Au capitaine.) Seigneur don Lope, je vous rends votre parole. Je ne fouhaite plus d'être vengée. Je ne vois plus en don Luis un amant chéri : fon inconfiance a rendu mon cœur libre, & je donne ma main au feigneur don Alonfe.

DON ALONSE h EJïelle.

Ah ! madame, en récompenfant ma confiance, vous me faites oublier tous les maux que j'ai foufferts depuis quatre ans.

LE CAPITAINE

Depuis quatre ans ! Vous avez donc foupiré pour Ellelle avant don Luis ?

DON ALONSE

Oui, feigneur.

LE CAPITAINE

Eh ! que ne le difiez-vous d'abord "ï Vous levez, par-là, tous les obflacles. C'efl la date qui doit décider entre deux rivaux d'un mérite égal.

LÉONOR ati capitaine.

Suivez donc vous-même vos règles, feigneur capitaine, & cédez-moi à don Luis.

LE CAPITAINE

Que je vous cède à don Luis ?

LÉONOK.

Oui vraiment. Il n'y a que trois jours que vous m'aimez, & il y en a huit qu'il me rend des foins.

CRISPIN ait capitaine.

Vous n'avez pas le mot à dire à cela.

LE CAPITAINE

Non. Puifque l'honneur l'ordonne, l'amour a beau s'}'' oppofer : il faut facrifier à l'honneur jufqu'à fon bonheur même. Je foufcris à la félicité de Pachéco.

DON LUIS

Par ce facrifice, don Lope, vous paierez avec ufure le fervice que je vous ai rendu.

LE CAPITAINE

O Point-d'honneur ! Que tu as de pouvoir fur les belles âmes !

CRISPIN

O Point-d'honneur ! que tu es fenfible aux épaules !

CRISPIN

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