‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 66 sur 151 · SCÈNE XX FUI ô- dernière · texte numérisé non relu

SCÈNE XX FUI ô- dernière

LISETTE, ANGÉLIQUE, M. ORONTE, CRISPIN, LABRANCHE, M. ORGON, M"- ORONTE, VALÈRE.

CRISPIN

Hé bien, monfieur Oronte, tout effc-il prêt ? Notre mariage... Ouf! qu'efl-ce que je vois?

LABRANCHE /? CrifpiiJ.

Ahi, nous fommes découverts, fauvons-nous. [Lahrmiche é" Crifpin veulent fe retirer.)

"S'ALÈRE les arrêtant.

Oh ! vous ne nous échapperez pas, meffieurs les marauds, & vous ferez traitez comme vous le méritez.

{Valère met la main fur l'épaule de Crifpin^ M. Oronte & M. Orgon fe fxififj'ent de Lahr anche.)

M. ORONTE

Ah, ah ! nous vous tenons, fourbes.

l68 CRISPIN

M. ORGON à Lahranche.

Dis-nous, méchant. Qui eft cet autre fripon que tu fais paffer pour Damis ?

VAL ÈRE a M. Orgon.

C'efl mon valet.

M. OROXTE.

Un valet, jufte ciel, un valet !

VAL ÈRE

Un perfide qui me fait accroire qu'il efl dans mes intérêts, pendant qu'il emploie, pour me tromper, le plus noir de tous les artifices !

CRISPIN à VaVere.

Doucement, monfieur, doucement; ne jugeons point fur les apparences.

M. ORGON a Lahranche.

Et toi, coquin, voilà donc comme tu fais les commiffions que je te donne ?

LABRANCHE a M. Orgon.

Allons, monfieur, allons bride en main, s'il vous plaît, ne condam.nons point les gens fans les entendre.

M. ORGON

Quoi ! tu voudrois foutenir que tu n'es pas un maître fripon?.

LABRANCHE d'un ton pleureur.

Je fuis un fripon; fort bien! Voyez les douceurs qu'on s'attire en fervant avec afîedion !

VALÈRE a Cri/pin.

Tu ne demeureras pas d'accord non plus, toi que tu es un fourbe, un fcélérat?

CRISPIN d'tcn ton emporté.

Scélérat, fourbe ; que diable ! Monfieur, vous me prodiguez des épithètes qui ne me conviennent point du tout.

VALÈRE

Nous aurons encore tort de foupçonner votre fidélité, traîtres !

M. ORONTE à Lahranche & à Crifpin.

Que direz- vous pour vous juftifier, miférables ?

LABRANCHE a M. Orontâ.

Tenez, voilà Crifpin, qui va vous tirer d'erreur.

CRISPIN

Labranche vous expliquera la chofe en deux mots.

LABRANCHE

Parle, Crifpin ; fais-leur voir notre innocence.

CRISPIN

CRISPIN

Parle toi-même, Labranche ; tu les auras bientôt défabufés.

Non, non; tu débrouilleras mieux le fait.

CRISPIN

lïé bien ! meffieurs, je vais vous dire la chofe tout naturellement. J'ai pris le nom de Damis, pour dégoûter, par mon air ridicule, monfieur & madame Oronte de l'alliance de monfieur Orgon, & les mettre par-là dans une difpofition favorable pour mon maître ; mais, au lieu de les rebuter par mes manières impertinentes, j'ai eu le malheur de leur plaire : ce n'eil; pas ma faute une fois.

M. ORONTE a Cri/pin.

Cependant fi on t'avoit laiffé faire, tu aurois pouffé la feinte jufqu'à époufer ma fille.

CRISPIN à M. Oronte.

Non , monfieur , demandez à Labranche : nous venions ici vous découvrir tout.

VALÈRE a Crifpin âr a Labranc/ie.

Vous ne fauriez donner à votre perfidie des couleurs qui puiffent nous éblouir; puifque Damis efl marié, il étoit inutile que Crifpin fît le pevfonnage qu'il a fait.

Kl VAL DE SOiN xMAlTRJi I71

CKISPIN.

Hé bien ! nieffieurs, puifque vous ne voulez pas nous abfoudre comme innocens, faites-nous donc grâce, comme à des coupables. Nous implorons votre bonté. (Il/t; met a genoux devant M. Oronte.)

LABRANCHEy^ incitant a genoux.

Oui, nous avons recours à votre clémence.

Franchement la dot nous a tentés. Nous fommcs accoutumés à faire des fourberies, pardonnez-nous celle-ci à caufe de l'habitude.

M. ORONTE

Non, non, votre audace ne demeurera point impunie,

LABRANCHE: h M. Oronte.

Eh ! monfieur ; laiflez-vous toucher ; nous vous en conjurons par les beaux yeux de madame Oronte,

CRISPIN

Par la tendreffe que vous devez avoir pour une femme fi charmante.

M"'"^ ORONTE

Ces pauvres garçons me font pitié ; je demande grâce pour eux.

J72 CRI s PIN

LISETTE bas, a part.

Les habiles fripons que voilà!

M. ORGON a Cri/pin &• à Lalranche.

Vous êtes bien heureux, pendards, que madame Oronte intercède pour vous.

M. ORONTE

J'avois grande envie de vous faire punir; mais puifque ma femme le veut, oublions le paffé : auffi-bien je donne aujourd'hui ma fille à Valère, il ne faut fonger qu'à fe réjouir. [Aux valets.) On vous pardonne donc; & même, fi vous voulez me promettre que vous vous corrigerez, je ferai encore affez bon pour me charger de votre fortune.

CRISPINy^ relevant.

Oh ! monfieur, nous vous le promettons.

LABRANCHEj^ relevant.

Oui ! m.onfieur, nous fommes fî mortifiés de n'avoir pas réuffi dans notre entreprife, que nous renonçons à toutes les fourberies.

M. ORONTE

Vous avez de l'efprit : mais il en faut faire un meilleur ufage ; &, pour vous rendre honnêtes gens, je veux vous mettre tous deux dans les affaires. J'obtiendrai pour toi, Labranche, une bonne commiffion.

LABRANCHE

Je vous réponds, monfieur de ma bonne volonté.

M. ORONTE

Et pour le valet de mon gendre, je lui ferai époufer la filleule d'un fous-fermier de mes amis.

CRISPIN

Je tâcherai, monfieur, [de mériter, par ma complaifance, toutes les bontés du parein.

M. ORONTE

Ne demeurons pas ici plus long-tems. Entrons. J'efpère que monfieur Orgon voudra bien honorer de fa préfence les noces de ma fille.

M. ORGON. J'y veux danfer avec madame Oronte.

M. Orgon donne la main a J/™* Oronte, & Valère à Angélique.

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