‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 83 sur 151 · SCENE XVI IL MARIANNE, FROSINE, M. BOLUS · texte numérisé non relu

SCENE XVI IL MARIANNE, FROSINE, M. BOLUS

FROSINE

Ah, ah ! monfieur Bolus, nous avons appris de vos nouvelles ! vous voulez donc époufer ma maîtreffe !

M. BOLUS à Frofine.

C'efl monfieur le doéleur qui s'eft mis en tête ce mariage. Pour moi, je n'aurois jamais penfé à mademoifelle Marianne, à caufe de la difproportion de nos âges.

FROSINE

Comment, la difproportion ! Vous vous moquez, monfieur Bolus. Savez-vous bien que vous avez toute la fraîcheur d'un homme de vingt-cinq ans !

M. BOLUS

Oh ! pour à l'égard de çà, je fuis encore affez verd, oui.

FROSINE lui ôtefon manteati, & ilparoU avec tine ferviette nouée autour du corps , & une feringue paffée dedans,

FROSINE

Vous êtes tout aimable. Vous avez les traits

régfuliers, le teint beau, l'air noble, de la bonne grâce dans les manières ; & pour la taille, vous en pouvez juger, mademoifelle ; qu'en ditesvous ?

MARIANNE h Frofine.

Il eft fait à peindre affurément.

FROSîNE a Marianne.

Cette feringue lui fied à ravir.

MARIANNE

Elle lui convient mieux qu'une épée.

FROSINE

Et l'écharpe la plus galante n'auroit pas meilleur air que cette ferviette entortillée.

MARIANNE

Voilà un homme bien ragoûtant.

M. BOLUS a Marianne.

Il m'eft grandement doux, ma belle, d'entendre ces paroles de votre propre bouche: elles diftillent dans mon arae un firop amoureux. Oui, mignonne, je fens naître pour vous déjà toute l'inclination que j'avois pour ma défunte femme. Ne vous a-t-on pas dit, pouponne, de quelle façon nous vivions enfemble, mon époufe & moi ?

MARIANNE a M. Bolus.

Non, je vous affure.

M. BOLUS

C'étoit une union parfaite que la nôtre,

FROSINE à M. Bolus.

Contez, contez-nous cela : s'il vous plaît, monfieur : c'eft ma folie que d'entendre parler des bons ménages ; ils font fi rares !

M. BOLUS

Madame Bolus avoit pour moi une affeclion toute cordiale.

FROSLNE.

\^ous la méritiez bien, vraiment.

M. BOLUS

De mon côté, pour correfpondre à fa tendrefle, j 'a vois un foin tout particulier de fa fanté. Je n'attendois pas qu'elle fût malade pour lui bailler des remèdes. Tous les jours, par précaution, je lui faifois prendre quelque médecine.

FROSINE

Le charmant petit homme !

M. BOLUS

Dès qu'elle avoit le moindre mal, je redoublois mes foins & mes recettes. Hélas, la pauvre femme ! elle n'a pas vécu long-temps.

FROSINE

je le crois bien.

M. BOLUS

Elle étoit d'une complexion trop délicate ; mais, fi elle eft morte, je vous protefte que ce n'eil pas faute de remèdes.

FROSINE

Non ; c'est plutôt la faute des remèdes.

M. BOLUS

Tant qu'il eft refté un fouffle de vie, je ne lui ai point épargné les drogues de m.a boutique.

FROSINE

Ah, mademoifelle, quel mari !

MARIANNE

Il eft bien digne des fentimens que j'ai conçus pour lui.

M. BOLUS

Vous me flattez, mon ange.

FROSINE

Non, monfieur, je vous jure qu'elle ne vous flatte point.

M. BOLUS

J'aurois pour vous, bouchonne, les mêmes foins & la même attention que j'ai eus pour la défunte.

MARIANNE

Que cette promeffe eft engageante!

M. BOLUS

Tous les jours, foir & matin, je vous donnerai une petite douceur.

FROSINE

Cela lui fera plaifir.

M. BOLUS

Adieu, belle aftre ; je fuis obligé de vous quitter pour aller trouver Ambroife. Que j'ai d'impatience de vous voir annexée à ma perfonne ! Quand j'y penfe feulement, j'en fuis tout joyeux.

FROSINE

Vous aimez les plaifirs de l'imagination.

M. BOLUS à Frofine.

Oui ; mais j'aime encore mieux les plaifirs topiques.

FROSINE a part.

Le vieux coquin !

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