‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 90 sur 151 · SCENE XXVI · texte numérisé non relu

SCENE XXVI

M. TROUSSE -GALANT, M. BOLUS , ÉRASTE, CRISPIN, AMBROISE, MARIANNE, FROSINE, Troupe de Soldats.

FROSINE

Quel bruit eft-ce que j'entends? quel tintamarre faites-vous donc ici 1

AMBROISE

Intercède pour moi, Frofme. On veut me faire mourir pour avoir déferté.

FROSINE a Cri/pin & à Érajle.

Hé ! IMeffieurs, que ne le laiflez-vous entre les mains de M. Trouffe-Galant ?

MARIANNE a Cri/pin.

Accordez-nous fa vie, monfieur le colonel.

CRISPIN à Marianne.

Point de quartier.

M. TROUSSE-GALANT à Cri/pin.

Laiflez-vous fléchir.

FROSINE a Cri/pin.

Nous vous en conjurons tous.

CRISPIN

Qu'on ne me rompe plus la tête. Gardes, qu'on le faififfe.

M. TROUSSE-GALANT a part.

Je vois bien qu'il en faut venir au fait avec ces gens-ci. [Hant.) Écoutez, monfieur le colonel; je vais vous compter une centaine de pifloles ou environ, & qu'il n'en foit plus parlé.

CRISPIN a M. Tr on fe- Galant.

Je fuis un homme incorruptible.

FROSINE

Quoi ! monfieur, vous pouvez réfifler à l'éclat de l'or & d'une belle foUiciteufe.'

CRISPIN a Frofine.

Comment, fi j'y puis réfifler ! Me prenez- vous pour un homme de robe ?

FROSINE

Monfieur Trouffe-Galant a mis dix mille francs à la tontine fur la tête de ce garçon-là.

M. TROUSSE-GALANT

Oui. Voilà pourquoi nous nous intéreffons pour lui.

CRISPIN a M. Trouffe-Galant.

Je n'y faurois que faire,

FROSINE

Si VOUS voulez lui ôter la vie, faites-nous donc périr avec lui.

CRisriN.

Hé bien ! qu'on les fafle tous paffer par les armes.

FROSINE

Attendez, monfieur le colonel ; il me vient dans l'efprit un moyen d'accommoder les chofes.

CRISPIN à Frofine.

Quel mo} en ?

FROSINE

Époufez ma maîtreffe.

CRISPIN

Oui? moi! Ah! parbleu, ma mie, fi vous n'avez pas d'autre tempérament à nous propofer, la Rofe va palier le pas.

ÉRASTE a Crifpin.

Oh ! c'en eft trop, mon colonel. Vous devriez vous rendre à cette condition.

CRISPIN a Érajîe.

Cela eft aifé à dire, major; mais, fi vous étiez à ma place, le rang de colonel vous feroit tenir un autre langage,

ÉRASTE

Non, foi de major.

CRISPIN

Hé bien! époufez-la, &jeconfens, à ce prix, d'accorder la grâce au déferteur.

FROSINE a Érajle.

Allons, monfieur le major, confidérez les charmes de ma maîtreffe.

AMBROISE a Érajle.

Époufez-la, monfieur le major.

ÉRASTE

J'ai peu de goût pour le mariage ; mais pour faire plaifir à monfieur le doéleur, je veux bien époufer fa fille, pourvu qu'on me donne une dot confidérable. Il n'eft pas jufte que je prenne une femme qui ne m'apporte rien.

CRISPIN a M. Troiiffe-Galant.

Il a raifon, doéleur. Il faut, par reconnoiffance, lui faire quelque petit avantage. Cédezlui, par exemple, dès à préfent la jouiffance de tous vos biens.

M. TROUSSE-GALANT

Je fuis votre ferviteur. J'aime mieux qu'Ambroife meure. J'en ferai quitte à meilleur marché.

COMEDIE ::3i

FROSINE

JMonfieur le major, vous paroiflez généreux. Prenez ma maîtrefle aux mêmes conditions qu'on la vouloit donner à monfieur Bolus ; c'eftà-dire, pour la moitié du revenu des dix mille francs que monfieur le doéleur a mis à la tontine fur la tête d'Ambroife.

M. TROUSSE-GALANT

Paffe pour cela.

ÉRASTE

Pour me prêter à l'accommodement, je veux bien y confentir,

M. BOLUS

Et moi, je ne m'y oppofe point. Je vous rends votre parole, monfieur le dodeur. {Il fort.)

SCEXE XXVII 6- dernière.

M. TROUSSE-GALANT, ÉRASTE, CRIS- PIX, AMBROISE, MARIANNE, FRO- SINE, Troupe de soldats.

AMBROISE

Oui ; mais qui me nourrira du beau-père ou du ofendre ?

M. TROUSSE-GALANT à Amhroife, Ce fera moi. Je te gouvernerai comme j'ai commencé.

AMBROISE a M. Tr ou fe- Galant.

Cela étant, j'aime mieux paffer par les armes.

ÉRASTE

Non, Ambroife, non : je me charge de toi. JNIonfieur le dodeur, j'aurai foin de fa fanté ; elle fera mieux entre mes mains qu'entre les vôtres.

CRISPIN

Il me prend tout-à-coup fantaifîe de me marier aufli & depoufer cette fille-là. {Montrant Frofme.)

M. TROUSSE-GALANT à Crifphl.

Quoi ! monfieur le colonel, vous voulez époufer la fuivante, après avoir refufé la maîtreffe.

FROSIXE.

Pourquoi non ?

CRISPIN

Je l'ennoblis. Touche là, F^rofine : de foubrette, je te fais femme de qualité.

FROSLXE.

La métamorphofe n'eft pas neuve. FIN,

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