‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 18 sur 88 · JEAN XXIII · texte numérisé non relu

JEAN XXIII

Corbacque! que nous veut ce vieil empoisonneur? Que j'aie en proue assaut de vent et de marée. Que je sois hissé court à l'antenne carrée. Si je laisse hâbler cet onagre espagnol Qui brait en se donnant des airs de rossignol ! Allons 1 vil trafiquant de capes écarlates, Tu n'hériteras pas du Diable que tu flattes, Tu ne drogueras pas son hanap 1 Or, bandit, Géniteur de bâtards et de gueuses, c'est dit : Parle mieux, ou, sinon, d'un revers sur ta face. Ainsi que Colonna souffleta Boniface, J'écrase ta mâchoire aux crochets vipérins, Et d'un estoc pointu je te pique les reins !

LE DIABLE

Jean ! Moins de violence et moins de promptitude, Et soyez plus poli pour sa Béatitude.

Vous avez des façons d'écumeur, mon ami, Tudieu ! qui ne sont pas féroces à demi.

Que Diable ! — Je me prends à témoin, faute d'autre, Il n'a rien dit que de très vrai, le bon apôtre. D'ailleurs, de tels propos sont des plus hasardeux. "Veuillez considérer qui vous étiez tous deux; Que si Vos Saintetés conversent ainsi d'elles, Vous épanouirez la rate aux infidèles; Que chacun, pour le mieux, doit user de ses dons. Et qu'il s'agit en fait de garder ses dindons. Borgia, n'ayez point cet air penaud et blême. Jean vingt-trois, je l'avoue, est un peu vif; il aime, Par coutume et par goût, le massacre et l'argent. Mais pour un vieux pirate, il est intelligent. En somme, songez-y, vertueux Alexandre, Vos âmes et vos corps sont ombre vaine et cendre. Et jamais plus le fer, la corde et les poisons Subtils n'interrompront le cours de vos saisons. Rassurez-vous, parlez.

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