PARFUM D'APHRODITE
La Myrrhe
Vy Fille de l'Écume, ô Reine universelle,
Toi dont la chevelure en nappes d'or ruisselle,
Dont le premier sourire a pour toujours dompté
Les Dieux Ouraniens ivres de ta beauté,
Dès l'heure où les flots bleus, avec un frais murmure,
Éblouis des trésors de ta nudité pure,
De leur neige amoureuse ont baisé tes pieds blancs,
Entends-nous, ô Divine aux yeux étincelants !
Par quelque nom sacré que la terre te nomme. Ivresse, Joie, Angoisse adorable de l'homme Qu'un éternel désir enchahie à tes genoux, Aphrodite, Kypris, Erycine, entends-nous !
Tu charmes, Bienheureuse immortellement nue, Le ramier dans les bois et l'aigle dans la nue ;
Tu fais, dès l'aube, au seuil de l'antre ensanglanté,
Le lion chevelu rugir de volupté ;
Par Toi la mer soupire en caressant ses rives.
Les astres clairs, épars au fond des nuits pensives.
Attirés par l'effluve embaumé de tes yeux.
S'enlacent déroulant leur cours harmonieux ;
Et jusque dans l'Érèbe où sont les morts sans nombre,
Ton souvenir céleste illumine leur ombre !
PARFUM DE NYX
Le Pavot
Vénérable! Oubli des longs jours anxieux, Immortelle au front bleu, ceinte de sombres voiles, Qui mènes lentement, dans le calme des cieux, Tes noirs chevaux liés au char silencieux, Par la route d'or des étoiles!
Source des voluptés et des rêves charmants, O Nyx, mère d'Hypnos aux languissantes ailes, Toi qui berces le monde entre tes bras cléments, Tandis que mille éclairs, de moments en moments. Allument tes mille prunelles,
Entends-nous, Bienheureuse! Et puisses-tu, sans fin, Et pour jamais, avec nos stériles chimères, Et l'antique Kosmos, hélas ! où tout est vain. Envelopper des plis de ton péplos divin Vivants et choses éphémères !
PARFUM DES NEREIDES
L'Encens
^ o u s les nappes d'azur de la mer d'Ionie
Qui soupire au matin sa chanson infinie,
Quand le premier rayon du ciel oriental
Etincelle en glissant sur l'onduleux cristal,
Puissions-nous contempler, ô chères Néréides,
Vos longs yeux d'émeraude et vos beaux corps fluides 1
De vos grottes de nacre aux changeantes couleurs
Où le rose corail épanouit ses fleurs,
Des berceaux d'algue verte aimés des Dieux Tritones,
Des mobiles vallons parsemés d'anémones,
Des profondeurs où luit sur le sable vermeil
L'opaline clarté d'un magique soleil.
Montez 1 Laissez flotter dans les brises charmées
Vos tresses, d'un arôme âpre et doux embaumées,
Et, mieux que le dauphin joyeux et diligent.
Fendez le flot natal d'un sillage d'argent 1
O Filles de Thétis, gardez-nous des nuits noires, Des écueils embusqués le long des promontoires, Du Notos, tourmenteur de la divine Mer, Par qui nefs et marins plongent au gouffre amer, Et, propices toujours, que vos fraîches haleines Jusqu'au port désiré gonflent nos voiles pleines.