CHAPITRE V
•lire d'une de res filles d'esprit qui savent vivre vous entendu parler de don Mathias de Silva sans ennui dans le célibat. Oui , répondit-elle; je vous dirai même que je l'ai
L’héroïne du rendez-vous arriva bientôt en car- vu chez une |>ersonne de ma connoissance. (,»uni rosse de louage comme le jour précédent , et vêtue que déjà effronté , je fus nn peu troublé de celle de superbes habits. D’abord qu’elle parai dans la réponse. Je me rassurai toutefois dans le moment salle , je débutai par cinq ou sis révérences de pe- et, faisant force de génie pour me tirer de là tit-maître , accompagnées de leurs plus gracieuses Eh bien ! mon ange , repris-je , vous ronnoissi
contorsions. Après quoi je m’approchai d’cl!e d’un un seigneur que je comtois aussi Jr
air irésdaniilier et lui dis : Ma princesse, vous sois de sa maison , puisqu’il faut vous le dire. 80 voj ez un seigneur qui en a dans l’aile. Votre Image, ! aïeul épousa la belle-soeur d’un oncle de mon pè-i < depuis hier , s’ofTrc incessamment à mon esprit , Nous sommes , comme vous voyez , assez proch. « vous avez expulsé de mon coeur une duchesse parents. Je m’ap|>elle don César. Je suis fils uniqu. qui commençoil à y prendre pied. Le triomphe de l’illustre don Fernand de Uibcra, qui fut lie esl trop glorieux pour moi. répondit-elle, en ôtant il y a quinze ans, dans une bataille qui scdoim son voile ; mais je n'en ressens pas onc joie pore, sur les frontières de Portugal. Je vous ferais lue i In jeune seigneur aime le changement, et son un détail de l’action ; elle fut diablement vive coeur est, dit-on, plus difficile à garder que la mais ce serait perdre des moments précieux qui pislole volante. Eh ! ma reine, repris-je, laissons l’amour veut que j’emploie plus agréablement, là , s’il vous plaît l'avenir ; ne songeons qu’au pré- Je devins pressant et passionné après ce dis sent. Vous êtes belle , je suis amoureux. Si mon cours; ce qui ne me mena pourtant à rien, la amour vous est agréable , engageons-nous sans ré- faveurs que ma déesse me laissa |ircmlrc ne solfier km, Embarquons-nous comme le» matelots ; virent qu’à me (aire soupirer après celles qu’elfi n’envisageons point les périls de la navigation , me refus», la cruelle regagna son carrosse , qu n’en regardons que les plaisirs. l’atteudoit à la porte. Je ne laissai pas néanmoins
En achevant ces paroles, je me jetai avec trans- de me retirer très-satisfait de ma bonne fortune, port aux genoux de ma nymphe ; et, pour mieux bien que je ne fusse pas encore parfiitemen imiter les petits-maîtres, je la pressai d’une ma- heureux. Si , disois-je en moi-même, je n'ai oh nière pétulante de faire mon bonheur. Elle me tenu que des demi-bontés , c’est que ma dame es; parut un peu émue de mes instances, mais elle ne une personne qualifiée , qui n’a pas cm demi crut pas devoir s'y rendre encore, et me repous- céder à mes transports dans une première entre sant : Arrêtez-vous , me dit-elle , vous êtes trop vue. La fierté de sa naissance a retardé mon bon vif ; vous avez l’air libertin. J’ai bien peur que heur ; mais il n’est différé que de quelques jourvous ne soyez an petit débauché. Fi donc ! ma- Il est bien vrai que je me représentai aussi que r dame, m’écriai-je ; pouvez-vous haïr ce qu’aiment pouvoit être une matoise des pins raffinées. <:■ les femmes hors du commun t II n’y a plus que pendant j’aimai mieux regarder Ja chose du bon quelques bourgeoises qui se révoltent contre la côté que du mauvais , et je conservai l'avantagete débauche. C’en est trop , reprit-elle , je me rends opinion que j 'avais conçue de ma veuve. Non à une raison si forte. Je vois bien qu’avec v< us étions convenus «Ritffiîquillant de nous revoir I aotres seigneurs les grimaces sont inutiles : il faut sur - lendemain ; et l’espéranco de parvenir ai; qu’une feaune fasse la moitié du- chemin. Appre- comble de mes voeux me dnnnoit un avant -goi nez donc votre victoire, ajouta-t-elle avec uneaj - les plaisirs dont je me danois, parcnce de confusion , comme si sa pudeur cflt I.’esprit plein des plus riante» images . je ni souffert de cet aveu ; vous m’avez inspirédes srn- rendis chez mon barbier. Je changeai d'habit, > liincuts que je n’ai jamais eus pour personne, et je j’allai joindre mon maître dans un tripot où je sa n’ai plus besoin que de savoir qui vous êtes . pour , vois qu’il éloit. Je le trouvai engagé au jeu . et i me déterminer à vous choisir pour mon amant. Je m’aperças qu'il gagnoil , car il ne ressembloil pe vous crois un jeune seigneur , et même un lion- à ces joueurs froids qui s’enrichissent ou se ru Bête homme : cependant je n’en suis point assurée; ; nent sans changer de visage. Ilétoit railleur et b et quelque prévenue que je sois en votre faveur , soient dans la prospérité , et fort bourru dans I je ne veux pas donner ma tendresse à un inconnu, mauvaise fortune. 11 sortit fort gai do tripot , • Je me souvins alors de quelle façon le valet de prit le chemin du Théâtre du Prince. Je I don Antonio m’avoitdit qu’il sorloit d’un pareil suivis jusqu'à la porte de la comédie ; là, ine me embarras ; et voulant à son exemple passer pour lant un ducat dans la main : Tiens. Cil filas . i; mou maître : Madame , dis-je à ma veuve, je ne dit-il , puisque j’ai gagné aujourd'hui , je veux qu me défendrai point de vous apprendre mon nom ; lu l'eu ressentes ; va le divertir avec les camarade il est assez beau pour mériter d’être avoué. Avez- et v iens me prendre à minuit chez Arsénié , où
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dois souper avec don Alexo Segiar. A ces mois , .1 rentra , et je demeurai à rêver avec qui je pourrais dépenser mon ducat> selon l'intention du fondateur. Je ne rêvai pas long-temps. Clarin , valet de don Alexo, se présenta tout-à-coup devant moi. Je le menai au premier cabaret , et nous nous y amusâmes jusqu'à minuit. De là nous nous rendîmes à la maison d’ Arsénié, où Clarin avoit ordre aussi de se trouver. En petit laquais nous ouvrit la porte , et nous fit entrer dans une salle basse , où la femme de chambre d' Arsénié et celle de Florimondc rioient à gorge déployée en s'entretenant ensemble , tandis que leurs maîtresses étoient en haut avec nos maîtres.
L’arrivée de deux vivants qui venoient de bien souper ne pou voit pas être désagréable à des soubrettes , et à des soubrettes de comédiennes encore : mais quel fut mon étonnement lorsque , dans une de ces suivantes, je reconnus ma veuve, mou adorable veuve, que je croyois comtesse ou marquise 1 Elle ne parut pas moins étonnée de voir son cher don César de Kibera changé en valet de pelit-maitre. Nous nous regardâmes toutefois l'un et l'autre saus nous déconcerter; il nous prit même a tous deux une envie de rire, que nous ne pûmes nous empêcher de satisfaire. Après quoi Laure ( c’est ainsi qu'elle s’appcloit), me tirant à part taudis que Clarin parloit à sa compagne , me tendit gracieusement la main , et me dit tout bas : Touchez là , seigneur don César ; au lieu de nous faire des reproches réciproques, faisons-nous des compliments, mon ami! Vous avez fait votre rôle à ravir , et je ne me suis point mal non plus acquittée du mien. Qu’cn dites-vous? Avouez que vous m’avez prise pour une de ces jolies femmes de qualité qui sc plaisent à faire des équipées ? 11 est vrai, lui répondis-je ; mais qui que vous soyez, ma reine, je n’ai point changé de sentiment en changeant de forme. Agréez , de grâce , mes serv ices , et permettez que le valet de cliambrc de don Mathias achève ce que don César a si heureusement commencé. Va, reprit-elle, je t’aime encore mieux dans ton naturel qu’autremcot. Tu es en homme ce que je suis en femme : c’est la plus grande louange que je puisse te donner. Je le reçois au nombre de mes adorateurs. Nous n’avons plus besoin du ministère de la vieille : tu peux venir ici me voir librement. Nous autres dames de théâtre, nous vivons sans contrainte et pékviuéJe avec les hommes. Je conviens qu’il y parait quelquefois ; mais le public en rit , et nous sommes faites, comme tu sais, pour le divertir*
Nous en demeurâmes là , parce que nous n’étions pas seuls. La conversation devint générale, vive , enjouée , et pleine d’équivoques claires. Chacun v mit du sien. La suivante d’ Arsénié,
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surtout, mon aimable Laure, brilla fort, et fit paraître beaucoup plus d’esprit que de vertu. D’un autre côté, uos maîtres et les comédiennes poussoient souvent de longs éclats de rire que nous entendions; ce qui suppose que leur entretien étoit aussi raisonnable que le nôtre. Si l’on eut écrit toutes les belles choses qui se dirent cette nuit chez Arsénié , on en aurait , je crois , composé un livre très -instructif pour la jeunesse. Cependant l’heure de la retraite, c’est-à-dire le jour, arriva : il fallut se séparer. Clarin suivit don Alexo, et je me relirai avec don Mathias.