‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 130 sur 734 · CHAPITRE X ne · texte numérisé non relu

CHAPITRE X ne

en riant. Quoi ! eela le fait de la peine ? Oh I vraiment lu n’es pas au hout; tu verras bien il’aulrcs choses |tarnii nous. Il faut que lu l'accoutumes à nos manières aisées. Point de jalousie , mon enfant ! les jaloux , chez le peuple comique, pas eut pour des ridicules. Aussi n’y eu a-t-il presque point. Les pères, les maris , les frères , les oncles el les cousins sont les gens du monde les plus commodes , et souvent même ce sont eux qui établissent leurs familles.

Apres m’avoir exhorté à ne prendre ombrage de personne cl à regarder tout tranquillement , elle me déclara que j’étais l’heureux mortel qui avoil trouvé le chemin de sou ceeur. Puis clic m’assura qu’elle m'aimeroit toujours uniquement. Sur cette assurance dont je pouvois douter sans passer pour un esprit trop défiant, je lui promis de ne plus m’alarmer, et je lui tins parole. Je la vis, dès le soir même , s’entretenir en particulier el rire avec des hommes. A l’issue de la comédie , nous nous en retournâmes avec notre maîtresse au logis, oit Ftarimoude arriva bientôt avec trois vieux seigneurs et un comédien , qui y venoient souper. Outre Laure et moi , il y avoit pour domestiques dans cette maison une cuisinière, un cocher et un petit laquais. Nous nous joignîmes ions cinq pour préparer le repas. La cuisinière , qui n’étoit pas moins habile que la dame Jacinte , apprêta les viandes avec le cocher, La femme de chambre et le petit laquais mirent le couvert, et je dressai le buffet , composé de la plus belle vaisselle d’argent et de plusieurs vases d’or, autres offrandes que la déesse du temple avoil reçues. Je le parai de bouteilles de différents vins , et je servis d’échanson , pour montrer A ma maîtresse que j’étois un homme i tout. J’admirois la contenance des comédiennes pendant le repas , elles faisoient les dames d’importance ; elles s’imaginaient être des femmes du premier rang. Bien loin de traiter 0! excellence les seigneurs , elles ne leur donnoient pas même de la seigneurie ; elles les appcloieiit simplement par leur nout. U est vrai que c’étoient eux qui les gâtaient et qui les rendoient si vaincs , en se familiarisant un peu trop avec elles. Le comédien, de son côté , connue un acteur accoutumé A faire le héros , vivoit avec eux sans façon ; il buvoit 5 leur santé , et tenoit, pour ainsi dire , le haut boui . Parbleu , dis-je en moi-même , quand Laure m’a démontré que le marquis et le comédien sont égaux pendant le jour, elle pouvoit ajouter qu’ils le sont encore davantage pendant la nuit, puisqu’ds la passent tout entière A boire ensemble.

Arsénié et Florimonde (loient naturellement enjouées. Il leur échappa mille discours hardis , entremêlés de menues faveurs et de minauderies qui furent bien savourées par ces vieux pécheurs.

Tandis que ma maitresse en amusoil un par un badinage innocent, son amie, qui se trouvait entre les deux autres, ne faisait point avec eux la Susanne. - Dans le temps que je considérais ce tableau , qui n’avoil que trop de charmes [tour un vieil adolescent, on apporta le fruit. Alors je mis sur la table des bouteilles de liqueurs et des verres , et je disparus pour aller souper avec Laure qui m’attendoit. Eh bien ! Cil Blas , me dit-elle , que pensestu de ces seigneurs que tu viens de voir ? Ce sont, sans doule, lui répondis-je, des adorateurs d’Arsénie et de Florimonde. Non, reprit-elle, ce sont de vieux voluptueux qui vont chez les coquettes sans s’y attacher. Ils n’exigent d’elles qu’un peu de complaisance , et ils sont assez généreux pour bien payer les petites bagatelles qu’un leur accorde. Grâces au ciel, Florimonde et ma maîtresse sont A présent sans amants; je veux dire qu’elles n’ont pas de ees amants qui s’érigent en maris et veulent faire tous les plaisirs d’une maison , parce qu’ils en font toute la dépense. Pour moi , j’en suis bien aise ; et je soutiens qu’une coquette sensée doit fuir ces sortes d’engagements. Pourquoi se donner un maître? Il vaut mieux gagner sou A sou un équipage que de l’avoir tout d’un coup A ce prix-là.

lorsque Laure étoit en train de parler, et elle y étoil presque toujours, les paroles ne lui coûtaient rien. Quelle v olubilité de langue ! Elle me coûta mille aventures arrivées aux actrices de la troupe du prince ; et je conclus de tous ses discours que je ne pouvois être mieux placé pour conuoltre parfaitement les vices. Malheureusement j’élois dans un âge où ils ne font guère d’horreur ; cl il faut ajouter que la soubrette savoil si bien peindre les dérèglements, que je n’y cniisageois que des délices. Elle n’eut pas le temps de m’apprendre seulement la dixième partie des exploits des comédiennes ; car il n’y avoit pas plus de trois heures qu’elle cil partait. los seigneurs et le comédien so retirèrent avec Florimonde , qu’ils conduisirent chez elle.

Après qu’ils furent sortis , ma maîtresse me dit en me mettant de l’argent entre les mains : Tenez, Gil Blas, voilà dix pistoles pour aller demain matin A la provision. Cinq ou six de nos messieurs et de nos dames doivent dîner ici; ayez soin de nous faire faire bonne chère. Madame, lui répondis-je, avec celte somme, je promets d’apporter de quoi régaler toute la troupe même. Mou ami , reprit Arsénié , corrigez, s’il vous plaît, vos expressions . sachez qu’il ne faut point dire la troupe , il faut dire la compagnie. On dit bien une troupe de bandits , une troupe de gueux , une troupe d’auteurs ; mais apprenez qu’on doit dire une compagnie de comédiens ; les acteurs de Madrid surtout méri-

lent bien qu'on appelle leur corps une compagnie. Je demandai pardon à nu nuit rosse de m'être servi d'un terme si peu respectueux ; je la suppliai très -humblement d’excuser mon ignorance. Je lui protestai que dans 1a suite , quand je parlerais de messieurs les comédiens de Madrid d'une manière collective , je dirais toujours la compagnie '.

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