‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 205 sur 734 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

suadé qu'il falloit être un pou plus qoo diable pour l'avoir trouvé , je m’écriai plein d'admiration : O mon père! pardounez-moi , de grâce , si je vous ai pris d’abord pour un vieux fou. Je tous rends justire présentement. Je n’ai pas besoin d’en voir davantage pour être assuré que vous feriez , si vous vouliez, tout à l’heure, un Ungol d’or d’une barre de fer. Que je serais heureux si je possédois cette admirable science 1 Le ciel vous préserve de l'avoir jamais ! interrompit le vieillard en poussant un profond soupir. Vous ne savez pas, mou fils, ce que vous souhaitez. Au lieu de me porter envie , plaignez-moi plutôt de m’être donné tant de peine pour me rendre malheureux. Je suis toujours dans l’inquiétude. Je crains d’étre découvert , et qu’une prison perpétuelle ne devienne le salaire de tous mes travaux. Dans cette appréhension, je mène une vieerranle,déguisé tantôt en prêtre ou en moine, et tantôt en cavalier ou en paysan. Est-ce donc un avantage de savoir faire de l’or à ce prix-là ? et les richesses ne sont-elles pas un vrai supplice pour les personnes qui n’en jouissent pas tranquillement*

Ce discours me paraît fort sensé, dis-je alors an philosophe Rien n’est tel que de vivre en repos. Vous me dégoûtez de la pierre philosophale. Je me contenterai d’apprendre de vous ce qui doit m’arriver. Très-volontiers, me répondit-il, mon enfant. J’ai déjà fait des observations sur vos traits; voyons à présent votre main. Je la lui présentai avec une confiance qui ne me fera guère d’hooneur dans l’esprit de quelques lecteurs, qui peut-être à ma place eu auraient fait autant. Il l’examina fort attentivement , et dit ensuite avec enthousiasme: Ah! que de passages de la douleur à la joie , et de la joie à la douleur I Quelle succession bizarre de disgrâces et de prospérités ! Mais vous avez déjà éprouvé une grande partie de ces alternatives de fortune. Il tic vous reste plus guère de malheurs à essuyer, et un seigneur vous fera une agréable destinée qui ne sera point sujette au changement.

Apres m’avoir assuré que je pouvois compter sur cette prédiction , il me dit adieu , et sortit de l’auberge, où il me laissa fort occupé des choses que je venois d’entendre. Je ne doutois point que le marquis de Marialva ne filt le seigneur en question ; et par conséquent rien ne me paroissoit plus passible que l’accomplissement de la prédiction. Mais quand je n’y aurais pas vu la moindre apparence , cela ne m’eût point empêché de donner au faux moine une entière créance, tant il s’étoit acquis , par son élixir , d’autorité sur mon esprit. De mon côté , pour avancer le honheur qui m’étoil prédit, je résolus de m’attacher au marquis pins que je n’avois fait à aucun de mes maîtres.

Ayant pris celte résolution, je me retirai à notre hôtel avec une gaîté que je ne puis exprimer ; jamais femme n’est sortie si contente de chez une devineresse.

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