‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 254 sur 734 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

leur tendresse , tu leur donneras le sac de doublons , en les priant de me pardonner si je n’en ai pas mieux usé avec eux ; et, s’ils ne respirent plus, je te charge d'employer cet argent à faire prier le ciel pour le repos de leurs Ames et de la mienne! En disant cela, je lui tendis une main qu’il mouilla de ses larmes , sans pouvoir me répondre un mot , tant le pauvre garçon éloit affligé de ma perte. Ce qui prouve que les pleurs d’un héritier ne sont pas toujours des ris cachés sous un masque.

Je m’attendois donc à passer le pas ; néanmoins mon attente fut trompée. Mes docteurs m’ayant abandonné , et laissé le champ libre à la nature , me sauvèrent par ce moyeu, f a fièvre , qui selon leur pronostic devoit m’emporter, me quitta comme pour leur en donner le démenti. Je uie rétablis peu à peu , par le plus grand bonheur du monde : une parfaite tranquillité d’esprit de- i vint le fruit de ma maladie. Je n’eus point alors besoin d’être consolé. Je gardois pour les riches- j ses et pour les honneurs tout le mépris que l’opinion d’une mort prochaine m’en avoit fait cottcc- , voir; et, rendu à moi -même, je bénis mon j malheur. J’en remerciai le ciel comme d’une grâce particulière qu’il m’avoit faite; et je pris , une ferme résolution de ne plus retourner à la cour, quand le duc de Lcrme voudrait m’y rappeler. Je me proposai plutôt , si jamais je sortois de prison , d’acheter une chaumière , et d’y aller j vivre en philosophe.

Mon confident applaudit A mon dessein , et me dit que, pour en hâter l’exécution, il prétendit retourner à Madrid pour y solliciter mon élargissement. Il me vient une idée, ajouta-t-il. Je connois une personne qui pourra vous servir ; c’est , la suivante favorite de la nourrice du prince, une fille d’esprit. Je veux la faire agir auprès de sa ! maîtresse. Je vais tout tenter pour vous tirer de | cette tour, qui n’est toujours qu’une prison, quel- 1 que bon traitement qu’on vous y fasse. Tu as rai- , son, répondis-je. Va, mon ami, sans perdre de temps, commencer cette négociation. Plût au ciel que nous fussions déjà dans notre retraite !

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