CHAPITRE IV
rattachement que j’avois pour eux; et, pénétré vous eu dégoûte? Non par cHe-jnémr, lui reparties nouvelles marques qu’ils m’en donnoient, je tis-je ; au contraire , j’en suis enchanté : tout ce pris la résolution de les aller trouver dèslelen- qui m’en déplaît, c’est d’y voir des cuisiniers demain, pour satisfaire l’impatience que j’avois de d’arc hcvôquc , avec trois fois plus de domestiques les en remercier. Je me faisois aussi par avance un qu’il ne m’en faut, et qui ne servent là qu’à vous plaisir de revoir Sera phi ne ; mais ce plaisir n’é- faire faire une dépense aussi considérable qu’itoit pas pur : je ne pouvois penser sans peine que nutile.
j’aurais en même temps à soutenir les regards Si vous eussiez, dit don César , accepté la pende la dame Lorença Séphora, qui, se souvenant sion de deux mille ducats que nous vous offrîmes peut-être encore de l’aventure du soufflet, ne se- à Madrid, nous nous serions contentés de vous rort pas fort aise de me revoir. L’esprit fatigué de donner le château tel qu’il est; mais vous savez toutes ces idées différentes , je m’assoupis enfin, et j que vous la refusâtes , et nous avons cru devoir ne me réveillai le jour suivant qn’après le lever j faire en récompense ce que nous avons fait. C’en du soleil. * est trop, lui répondis-je; votre bonté doit s’en
Je fus bientôt sur pied ; et , tout occupé du i tenir au don de cette terre, qui a de quoi combler voyage que je méditois , je m’habillai à la hâte. . mes désirs. Vous dirai-je tout ce que j’en pense ? Comme j’achevois de m’ajuster, mon secrétaire Indépendamment de ce qu’il vous en coule pour entra dans ma chambre. Scipion , lui dis-je, tu | entretenir tant de monde, je vous proteste que vois un homme qui se dispose à partir pour Va- , ces gens-là me gênent et m'incommodent. En un îence : je ne crois pas que tu désapprouves mon 1 mot , ajoutai-je , messeigneurs , reprenez votre dessein ; je ne puis aller trop tôt saluer les sei- bien , ou daignez m’en laisser jouir à ma volonté, gueurs à qui je dois ma petite fortune; chaque Je prononçai d’un air si vif ces dernières paroles, moment que je diffère à m’acquitter de ce devoir que le père et le fils, qui ne prétendoicut nulle— semble m’accuser d’ingratitude. Pour toi, mon ment me contraindre, me permirent enfin d’en ami , je te dispense de m’accompagner ; demeure user comme il me plairait dans mon château, ici pendant mon absence : je reviendrai te joindre Je les remerciois de m’avoir accordé cette liai! bout de huit jours. Allez, monsieur, répondit- herté, sans laquelle je ne pouvois être heureux, il ; faites bien votre cour à don Alphonse et à son lorsque don Alphonse m’interrompit en me dipérc : ils me paraissent sensibles au zèle qu’on a sant : Mon cher Cil Blas, je veux vous présenter pour eux, et très-rcconnoissants des services qu’on à une dame qui sera bien aise de vous voir. En leur a rendus : les personnes de qualité de ce ra- parlant de celte sorte, il me prit par la main, et me ractère-là sont si rares, qu’on ne peut assez les mena dans l’appartement de Sérapliine,qui poussa ménager. Je fis avertir Bertrand de se tenir prêt à un cri de joie en m’apercevant. Madame, lui dit le partir; et, tandis qu’il préparait les mules, je pris gouverneur , je crois que l’arrivée de noire ami mon chocolat. Ensuite je montai dans ma chaise, Santillauc à Valence ne vous est pas moins agréaaprès avoir recommandé à mes gens de regarder ble qu’à moi. C’est de quoi, répondit-elle, il doit Scipion comme un autre moi-même , et de suivre être bien persuadé; le temps ne m’a point fait ses ordres ainsi que les miens. perdre le souvenir du service qu’il m’a rendu;
Je me rendis à Valence en moins de quatre et j’ajoute à la reconnoissance que j’en ai celle que
heures. J’allai descendre tout droit aux écuries du je dois à un homme à qui vous avez obligation. Je
gouverneur : j’y laissai mon équipage , et je me fis dis à madame la gouvernante que je n’étois que conduire à l’appartement de ce seigneur, qui y trop payé du péril que j’avois partagé avec ses liétoit alors avec don César son père. J’ouvris la bérateurs en exposant ma vie pour elle; et, après porte sans façon, j’entrai, et, les abordant tous force compliments de part et d’autre, don Aldeux avec respect : Les valets, leur dis-je, ne se phonse m’emmena hors de l'appartement de 86font point annoncer à leurs maîtres; voici un de raphinc. Nous rejoignîmes don César, que nous vos anciens serviteurs qui vient vous rendre ses trouvâmes daus une salle avec plusieurs personnes devoirs. A ces mots , je voulus me prosterner de- de qualité qui venoient dîner chez lui. vant eux; mais ils m’en empêchèrent, et m’em- Tous ces messieurs me saluèrent fort poliment :
brassèrent l’un et l’autre avec tous les témoigna- ils me firent d’autant plus de civilités, que don
ges d’une véritable affection. Eh bien ! mon cher César leur dit que j’avois été un des principaux se- Sanlillauc , me dit don Alphonse, avez-vous été crétaircs du duc de Lcrme. Peut-être même que à Lirias prendre possession de votre terre ? Oui , la plupart d’entre eux u’ignoroient pas que c’étoit seigneur, lui répondis-jc ; et je vous prie de trou- par mon crédit que don Alphonse avoit obtenu !c ter bon que je vous la rende. Pourquoi donc cela ? gouvernement du royaume de Valence, car tout se
répliqua-t-il ; a-t-elle quelque désagrément qui sait. Quoi qu’il en soit , quaud nous fûmes à table,
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un ne parla que du nouveau cardinal. Les uns en fai soient ou affectaient d’en faire de grands éloges ; et les autres ne lui donnoient que des louan- j ges ironiques. Je jugeai bien qu’ils vouloient par là m’engager 5 me répandre sur le compte de son éminence, et à les égayer à ses dépens. Je me l’imaginai du moins, et je ne fus pas peu tenté de dire ce que j’en pensois ; mais je retins ma langue, et celte petite victoire que je remportai sur moi me lit passer dans l’esprit de la compagnie pour un garçon fort discret.
Les convives, après le dîner, se retirèrent chez eux pour faire la sieste ; don César et son fils , ; pressés de la même envie, s’enfermèrent dans leurs appariements.
• Pour moi , plein d’impatience de voir une ville dont j’avois souvent entendu vanter la beauté, jr i sortis du palais du gouverneur dans le dessein de me promener dans les rues. Je rencontrai à b porte : un homme qui vint, d’un air respectueux , m’a- I border en me disant : Le seigneur de Santillane veut bien me permettre de le saluer? Je lui demandai qui il éloil. Je suis, me répondit-il , valet j «le chambre de don César ; j’étais un de ses laquais dans le temps que vous étiez son intendant ; je vous faisois régulièrement tous les matins ma cour, et vous aviez bien des bontés pour moi. Je vous informois de ce qui se passoit au logis. Aous souvient-il , par exemple , qu'un jour je vous appris que le chirurgien du village de Leyva s’intro- «luisoit secrètement dans la chambre de la dame Lorença Sépbora? C’est ce que je n ai point oublie, lui répliquai-je. Mais à proies de cette duègne , qu’ est-elle devenue? Ilélas! repartit-il, la pauvre créature après votre départ tomba en langueur, et mourut plus regrettée de Séraphinc que de don Alphonse . qui parut peu louché de sa mort.
Le valet de chambre de don César, m’ayant instruit ainsi de la triste fin de Séphora, me lit des excuses de m’avoir arrêté, et me laissa continuer mou chemin. Je ne pus m’empêcher de soupirer en me rappelant celle duègue infortunée ; et , m’attendrissant sur son sort , je m’imputai son malheur , sans songer que c’étoit plutôt à son cancer qu’à mon mérite qu'on devoit Pattr.’buer.
J’observois avec plaisir tout ce qui me scmbloit digne d’être remarqué dans la ville. Le palais de marbre de l’Archevêché occupa mes yeux agréablement, aussi-bien que les beaux portiques de la Bourse; mais une grande maison que j’aperçus, ci dans laque!’ e il entroit beaucoup de monde, attira toute mon attention. Je m’en approchai pour apprendre pourquoi je voyois là un si grand concours d'hommes et de femmes, et bientôt je fus au fait en lisant ces paroles écrites en lettres d’or sur une table de marbre noir qu’il y avoit au-des-
BLAS
sus de la |»orle : La posada de (os représentantes Et les comédiens marquoicnl dans leur ! affiche qu’ils joueroient ce jour-là pour la première fois une tragédie nouvelle de don Gabriel Triaquero.