‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 272 sur 734 · C1IA.P · texte numérisé non relu

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campagne toute riante, un bureau d’ébène devant un grand sofa de maroquin noir. Mais je donnai principalement mon attention à la bibliothèque. Elle étoit composée de philosophes, de poètes , d’historiens et d’un grand nombre de romans de chevalerie. Je jugeai que don César aimoit celte dernière sorte d’ouvrages, puisqu’il en avoil fait une si bonne provision. J’avouerai à ma honte que je ne haissois pas non pins ces productions, malgré toutes les extravagances dont elles sont tissues, soit que je ne fusse pas alors un lecteur à y regarder de si près , soit que le merveilleux rende les Espagnols trop indulgents. Je dirai néanmoins pour ma justification que je prenois plus de plaisir aux livres de morale enjouée, cl que Lucien , Horace, Érasme, devinrent mes auteurs favoris.

Mon ami , dis-je à Scipion lorsque j'eus parcouru des 5 eux ma bibliothèque, voilà de quoi nous amuser; mais avant toute chose, nous en avons une autre à faire ; il faut réformer notre domestique. C’est un soin, me dit-il , que je veux vouséparguer. Pendant votre absence, j’ai bien étudié vos gens, et j’ose me vanter de les connoîtrc. Commençons par maître Joachim; je lecros un parfait fripon , et je ne doute point qu’il n’ait été chassé de i’arclievéché pour des fautes d'arithmétique qu’il aura faites dans ses mémoires de dépenses. Cependant il faut le conserver pour deux raisons : la première, c’est qu’il est lion cuisinier, et la seconde, c’est que j'aurai toujours l’ail sur lui; j’épierai ses actions, et il faudra qu’il sait bien fin si j*en suis 1a dupe. Je lui dis hier que vous aviez dessein de renvoyer les trois quarts de vus domestiques, et je remarquai que cette nouvelle lui lit de b peine ; il me témoigna même que, se sentant porte d’inclination à vous servir, il se contcnicroit de la moitié des gages qu’il a aujourd’hui plutôt que de vous quitter ; ce qui me fait soupçonner qu’il y a dans ce hameau quelque petite fille dont il voudroit bien ne pas s’éloigner. Tour l’aide de cuisine, poursuivit-il, c’est un i\ rogne , et le portier un brutal dont nous n’avons l>as besoin, uou plus que du tireur. Je remplirai fort bien la place de ce dernier , comme je vous le ferai voir dès demain, puisque nous avons ici des fusils, de la poudre et du plomb. A l’égard des laquais, il y en a un qui est Aragonais, et qui me paroi t lion enfant. Nous garderons celui-là; tous les autres sont de si mauvais sujets, que je ne vous conscillcrois pas de les retenir, quand même il vous faudrait une centaine de valets.

Après avoir amplement délibéré sur cela, nous lésolûiues de nous en tenir au cuisinier, au marmiton, à 1* Aragonais, et de de nous défaire honnêtement de tout le reste : ce qui fut exécuté dès le jour même, moyennant quelques pislolcs que

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| Scipion tira de notre coffre-fort , et leur donna de ma part. Quand nous eûmes fait cette réforme ,

I nous établîmes un ordre dans le château ; nous | réglâmes les fonctions de chaque domestique , et | nous commençâmes à vivre à nos dépens. Je me I serais volontiers contenté d’un ordinaire frugal ; mais mon secrétaire, qui aimoit les ragoûts et les bons morceaux , n’éloil pas homme à laisser inutile le savoir-faire de maître Joachim. 11 le mit si bien en (ouvre, que nos dîners et nos soupers devinrent des repas de bernardins.

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