‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 278 sur 734 · CHAPITRE X. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. M

éjmusc , si vous avez cfTectivement quelque joie de inc* rencontrer; mais du moins suis-je bien persuadée que je ne vous ai donné aucun juste sujet de m’abandonner. Quoi! vous me trouvez une nuit avec le seigneur don Fernand de Lcyva , qui étoit amoureux de Julie ma maîtresse, et dont je servois la passion ; vous vous mettez dans l'esprit que je l’écoute aux dépens de votre honneur et du mien ; là-dessus b jalousie vous renverse la cervelle, vous quittez Tolède, et me fuyez comme un monstre, sans me demander un éclaircissement ! Qui de nous deux , s’il vous plaît , est le plus en droit de se plaindre? C’est vous, sans contredit, lui répliqua Sri pion. Sans doute, reprit-elle, c’est moi. Don Fernand, peu de temps après votre départ de Tolède, épousa Julie , auprès de qui j’ai demeuré tant qu’elle a vécu ; et , depuis qu’une mort prématurée nous l’a ravie, je suis au service de madame sa sœur, qui peut vous répondre, aussi bien que toutes ses femmes, de la pureté de mes mœurs.

Mon secrétaire , à ce discours dont il ne pouvoit prouver la fausseté, prit son parti de lionne grâce. Encore une fois , dit-il à son épouse , je reconnois ma faute, et je vous en demande pardon devant cette honorable assistance. Alors, intercédant pour lui, je priai Beatrix d’oublier le passé, l’assurant que son mari ne songeroit désormais qu’à lui donner de la satisfaction Elle sc rendit à ma prière, et toute la compagnie applaudit à la réunion de ces deux époux. Pour mieux la célébrer, on les lit asseoir à table l’un auprès de l’autre ; on leur juirta des brimiez ; chacun leur fit fête : on eût dit que le festin se faisoit plutôt à l’occasion de leur raccommodement que de mes noces.

La troisième table fut la première que l’on abandonna. Les jeunes villageois, préférant l’amour à la bonne chère, la quittèrent pour former des danses avec les jeunes paysauncs, qui, |wr le bruit de leurs tambours de basque , attirèrent bientôt les personnes des autres tables , et leur inspirèrent l’envie de suivre leur exemple. Voilà tout le monde en mouvement : les officiers du gouverneur se mirent à danser avec les soubrettes de la gouvernante : les seigneurs mêmes sc mêlèrent parmi les danseurs; don Alphonse dansa une sarabande avec Sérapliinc , et don César une autre avec Antonia , qui vint ensuite me prendre, et qui ne s’en acquitta pas mal pour une personne qui n’avoit que quelques principes de danse qu’elle avoit reçus à Albarazin chez une bourgeoise de ses parentes. Pour moi , qui , comme je l’ai déjà dit , a vois appris à danser chez la marquise de Chavcs, je parus à l’assemblée un grand danseur. A l’égard de Beatrix et de Scipion , ils commencèrent à s’entretenir en particulier, pour sc ren-

| dre compte mutuellement de ce qui leur étoit 1 arrivé pendant qu’ils avoieni été séparés; mais leur conversation fut interrompue par Séraphine, qui , venant d’être informée de leur reconnaissance, les fit appeler pour leur en témoigner sa joie. Mes enfants, leur dit-elle, dans ce jour de réjouissance , c’est un surcroît de satisfaction pour moi de vous voir tous deux rendus l’un à l’autre. Ami Scipion , ajouta-t-eüe , je vous remets votre épouse en vous protestant qu’elle a toujours tenu une conduite irréprochable; vivez ici avec elle en lionne intelligence. Et vous, Béatrix, attachezvous à Antonia, et ne lui soyez pas moins dévouée que votre mari l’est au seigneur de Sautilla ne. Scipion, ne pouvant plus après cela regarder sa i femme que comme une .autre Pénélope, promit d’avoir pour elle toutes les considérations imaginables.

Les villageois et les villageoises, aprèsavoir dansé toute la journée, sc retirèrent dans leurs maisons;

I mais on continua la fête dans le château. Il y eut un magnifique souper ; et, lorsqu'il y fut question , de s’aller coucher, le grand-vicaire bénit le lit nup- | liai; Séraphine déshabilla la mariée, et les scir gneurs de Levva me firent le même honneur. Ce qu’il y a de plaisant, c’est que les officiers de don I Alphonse et les femmes de la gouvernante s’avisè- | rent, pour sc réjouir, de faire la même cérémonie;

I ils déshabillèrent Béatrix et Scipion, qui, pour rendre la scène plus comique, sc laissèrent gravemeut dépouiller et mettre au lit.

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