CHAPITRE II
preuve pour vous désabuser. Les seigneurs de Leyva me prirent au mot, et je ne pus me défendre de leur promettre que je partirais incessamment pour Madrid. Sitôt que mon secrétaire me vit déterminé à faire ce voyage , il eu ressentit une joie immodérée ; il s’imaginoit que je ne paraîtrais pas plutôt devant le nouveau monarque , que ce prince me démêlerait dans la foule, et m’accablerait d'honneurs et de biens. Lit-dessus, se berçant des plus brillantes chimères , il m'élevoit aux premières charges de l’état, et se poussoit à la faveur de mon élévation.
Je me disposai donc à retourner il la cour , non dans la vue d'y sacrifier encore 1 la fortuuc , mais pour contenter don César et son fils , qui avoient dans l'esprit que je posséderais bientôt les bonnes grâces du souverain. Il est vrai que je me sentois au fond de l'âme quelque envie d’éprouver si ce jeune prince me recounoîlroil. Entraîné par ce mouvement curieux , sans espérance et sans dessein de tirer quelque avantage du nouveau règne, je pris le chemin de Madrid avec Scipion, abandonnant le soin de mon château â Béatrix , qui étoit une très-bonne ménagère.