‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 485 sur 734 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

««moment. O malheureuse monarchie ! s’écria-t-il, en levant les yeux au ciel ; faut-il donc que ceux qui te servent avec le plus d'ardeur, et qui ne cherchent qu’à augmenter ta gloire, passent pour tes ennemis !

Après celte apostrophe pleine d'amertume , le duc me fit de nouvelles questions. Apprenez-moi, me dit-il, qui sont les seigneurs qui ont actuellement le plus de part à la confiance du prince d’Espagne? Je lui en nommai plusieurs, et je n'oubliai pas don Gaspard de Guzman, comte d’Olivaris. C’est ce dernier, lui dis-je, qui parolt le plus chéri. Il est vrai que, si l’on en croit la chronique de Madrid , il se sert d’un moyen sûr pour gagner l’amitié du jeune Philippe. Quel est donc ce moyen ? répliqua le duc. C’est celui qui fait réussir toutes tes entreprises , lui repartis-je ; c’est l'argent : on prétend que le comte d’Olivarès, qui a de grands biens , en emploie une bonne partie à procurer des plaisirs à ce prince , que l'avarice du roi réduit à désirer beaucoup de choses inutilement.

Les chroniqueurs, continuai-je , disent peutêtre la vérité : du moins sais-je que le prince d'Espagne , lorsqu’il fait des parties de chasse , trouve souvent de superbes collations préparées par les soins et aux frais de don Gaspard. A ces paroles le vice-roi me dit en branlant la tête : D'Olivarés a bien la mine de supplanter le duc de Lerme et son fils. Je souhaite que ma prédiction soit fausse; mais si par malheur il arrive qu’elle s’accomplisse, qu’ils ne s’en prennent qn’à eux-tnètnes. Pourquoi souffrent-ils auprès de l'héritier de la couronne un courtisan fin et délié, qui s’empare à leurs yeux du timon de la monarchie?

Quand lcduc d'Ossone n’eut pins rien à me demander, ni moi rien à lui dire, il me livra ses dépêches , en me disant : Allez vous reposer, et demain retournez en Espagne ; mais avant votre départ , voyez mon trésorier, je lui ai donné des ordres qui vous regardent. Je commençai par là le jour suivant. Je vis le trésorier, qui me mit entre les mains , de la part de son excellence , une lettre de change de trois mille écus, tirée sur un fameux banquier de Madrid , et payable à vne. Outre ce présent , j’en reçus un autre que m’envoya la vice-reine par un de ses écuyers : c’étoit une chaîne d’or admirablement bien travaillée , et qui valoit tout au moins deux cents pistoles. Je partis de Naples avec toutes ces richesses , et repris le chemin de Madrid , oit j’ens le bonheur d’arriver sans avoir (ait aucune mauvaise rencontre.

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