‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 684 sur 734 · ACTE III. SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE XIII

FRONT»

Mais, par exemple, n’est -ce pas une chose honteuse que vous n’ayez pas encore songé à lui Caire présent d’un équipage?

Lisette à M. Tur caret.

Ah ! pour cela, monsieur, il a raison. Vos commis en donnent bien à leurs maîtresses.

M. TURCARET

A quoi bon un équipage? Va-t-elle pas le mien dont elle dispose quand il lui plaît?

FRONT»

Oh ! monsieur, avoir un carrosse à soi, ou être obligé d’emprunter ceux de ses amis, cela est bien différent.

Lisette « M. Turcaret

Vous êtes trop dans le monde pour ne le pas connoltre. La plupart des femmes sont plus sensibles à la vanité d’avoir un équipage qu’au plaisir même de s’en servir.

M. TURCARET

Oui, je comprends cela.

FRONT»

Cette fille-là, monsieur, est de fort bon sens. Elle ne parle pas mal , au moins.

M. TURCARET

Je ne te trouve pas si sot , non plus, que je t'ai cru d’abord , toi , Frontin.

FRONT»

Depuis que j’ai l’honneur d’être à votre service, je sens , de moment en moment , que l’esprit me vient. Oh! je prévois que je profiterai beaucoup avec vous.

M. TIRCARET.

U ne tiendra qu’à toi.

FRONTIN

Je vous proteste , monsieur, que je ne manque pas de bonne volonté. Je donnerais donc à madame la baronne un bon grand carrosse, bien étoffé.

M. TURCARET

Elle en aura un. Vos réflexions sont justes : elles me déterminent.

FRONTIN

Je savois bien que ce n’étoit qu’une faute d’attention.

Sans doute ; et, pour marque de cela, je vais de ce pas commander un carrosse.

FRONTIN

Fi donc ! monsieur, il ne faut pas que vous paraissiez là-dedans, vous; il ne serait pas honnête que l’on sût dans le monde que vous donnez un carrosse à madame la baronne. Servez-vous d’un tiers , d’une main étrangère , mais fidèle. Je connois deux ou trois selliers qui ne savent |>oint en-

core que je suis à vous ; si vous voulez , je me chargerai du soin....

M. turcaret V interrompant.

Volontiers. Tu me parois assez entendu ; je m’en rapporte à toi. ... ( Lui donnant sa bourse. ) Voilà soixante pistoles que j’ai de reste dans ma bourse , tu les donneras à compte.

FRONTIN prenant la bourse.

Je n’y manquerai pas, monsieur. A l’égard des chevaux , j’ai un maître maquignon , qui est mon neveu à la mode de Bretagne ; il vous en fournira de fort beaux.

M. TURCARET

Qu’il me vendra bien cher, n’est-ce pas?

FRONTIN

Non, monsieur; il vous les vendra en conscience.

M. TURCARET

La conscience d’un maquignon !

Oh ! je vous en réponds comme de la mienne.

M. TURCARET

Sur ce pied-là , je me servirai de lui.

FRONT»

Autre faute d’attention...

M. TURCARET V interrompant.

Oh! va te promener avec tes fautes d’attention... Ce coquin-là me ruinerait à la fin... Tu diras, de ma part, a madame la baronne, qu'une affaire, qui sera bientôt terminée , m’appelle au logis.

{H sort.)

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