‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 688 sur 734 · LE MARQUIS, I.E CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, I.E CHEVALIER

LE MARQUIS

Ah! palsembleu! chevalier, tu deviens bien rare. On ne te trouve nulle part. Il y a vingt-quatre heures que je te cherche, pour le consulter sur une affaire de cœur.

LE CUEVAL1ER.

Eh! depuis quand te mêles-tu de ces sortes d’affaires, loi?

LE MARQUIS

Depuis dois ou quatre jours.

El (u m’en fais aujourd’hui la première confidence? Tu deviens bien discret.

Je me donne au diable si j’y ai songé. Une affaire de cœur ne me tient au cœur que très-foibleinent , connue tu sais. C’est une conquête que j’ai faite par hasard , que je conserve par amusement, et dont je me déferai par caprice, ou par raison, peut-être.

IX CHEVALIER

Voilà un bel attachement !

LE MARQUIS

Il ne faut pas que les plaisirs de la vie nous occupent trop sérieusement. Je ne m’embarrasse de [ rien, moi.... Elle m’a voit donné son portrait; je Pai perdu. Un autre s’en pendrait : ( faisant te geste de montrer quelque chose quimii’a nulle valeur ) je m’en soucie comme de cela.

Avec de pareils sentiments tu dois te faire ado-

rer.... Mais , dis-moi un peu, qiTest-ce que cette femmc-là?

LE MARQUIS

C’est uue femme de qualité une comtesse de province ; car elle me l’a dit

Eh ! quel temps as-tu pris pour faire celte conquête-là ? Tu dors tout le jour et bois toute la nuit ordinairement.

LE MARQUIS

Oh 1 non pas, non pas, s’il vous plaît ; dans ce temps -ci il y a des heures de bal; c’est là qu’on trouve de bonnes occasions.

LF. CHEVALIER.

C’est-à-dire que c’est une connoissancc de bal?

LE MARQUIS

Justement. J'y allai l’autre jour, un pou chaud de vin : j’étois en pointe ; j’agaçois les jolis masques. J’aperçois une taille, un air de gorge, une tournure de hanches.... J’aborde, je prie, je presse, j’obtiens qu’on se* démasque; je vois une personne....

LE CHEVALIER € interrompant.

Jeune, sans doute?

LE MARQUIS

Non , assez vieille.

Mais belle encore, et des plus agréables?

LE MARQUES

Pas trop belle.

L’amour, à ce que je vois, ne t’aveugle pas.

LE MARQUIS

Je rends justice à l’objet aimé.

Elle a donc de l’esprit?

Oh ! pour de l’esprit , c’est un prodige ! Quel flux de pensées! quelle imagination I Elle me dit cent extravagances qui me charuièrenL

Quel fut le résultat de la conversation ?

LE MARQUIS

Le résultat? je la ramenai chez elle avec sa compagnie : je lui offris mes services ; et la vieille folle les accepta.

Tu l’as revue depuis?

LE MARQUIS

Le lendemain au soir, dès que je fus levé, je me rendis à sou hôtel.

Hôtel garni, apparemment? .

LE MARQUIS

Oui, hôtel garni.

TüRCARBT.

Eh bicu? *

Eh bien! autre vivacité de conversation; nouvelles folies, tendres protestations de ma part, vives reparties de la sienne. Elle me donna ce maudit portrait que j’ai perdu avant-hier ; je ne l’ai pas revue depuis. Elle m’a écrit ; je lui ai fait réponse *• elle m'attend aujourd'hui ; mais je ne sais ce que je dois faire. Irai-je, ou n’irai-jc pas? Que me conscilles-lu ? C’est pour cela que je te cherche.

Si tu n’y vas pas , cela sera malhonnête.

LE MARQUIS

Oui ; mais si j'y vais aussi , cela paraîtra bien empressé. La conjoncture est délicate. Marquer tant d’empressement , c’est courir après une femme ; cela est bien bourgeois ! qu’en dis-tu ?

Pour te donner conseil là-dessus, il faudrait conuoitrc cette personnc-15.

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