‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 713 sur 734 · I.E MARQUIS · texte numérisé non relu

I.E MARQUIS

C’est moi, M. Turcaret; vous m’avez cette obligation-là. Embrassez ces deux objets chéris... Ah! qu’il parolt ému ! J’admire la force du sang et de l’amour conjugal.

M. TURCARET à part.

Je n’ose la regarder ; je crois voir mon mauvais génie.

TURCARET à part.

Je ne puis l’envisager sans horreur.

IX marquis à M. et à madame Turcaret.

Ne vous contraignez point, tendres époux ; laissez éclater toute la joie que vous devez sentir de vous revoir après dix années de séparation.

LA BARONNE à M. Turcaret.

Vous ne vous attendiez pas, monsieur, à rencontrer ici madame Turcaret; et je conçois bien l’embarras où vous êtes. Mais pourquoi m’avoir dit que vous étiez veuf?

LE MARQUIS

Il vous a dit qu’il étoit veuf? Eh ! parbleu! sa femme m’a dit aussi qu’elle étoit veuve. Ils ont la rage tous deux de vouloir être veufs.

LA BARONNE à M. Turcaret.

Parlez, pourquoi m’avez- vous trompée?

M. TURCARET interdit.

J'ai cru, madame... qu’en vous faisant accroire que... je croyois être veuf... vous croiriez que... je n’aurois point de femme... ( A part.) J’ai l’esprit troublé, je ne sais ce que je dis.

LA BARONNE

Je devine votre pensée, monsieur, et je vous pardonne une tromperie que vous avez crue néecs- I saire pour vous faire écouler. Je passerai même plus avant. Au lieu d’en venir aux reproches , je veux vous raccommoder avec madame Turcaret.

M. TURCARET

Qui? moi! madame. Oh! pour cela non. Vous ne la connoissez pas ; c’est un démon. J’aimerois mieux vivre avec la femme du Grand-Mogol.

M"* TURCARET

Oh ! monsieur, ne vous en défendez pas taut.

Je n’en ai pas plus d'envie que vous au moins ; et je ne viendrais point à Paris troubler vos plaisirs, si vous étiez plus exact à payer la pension que vous me faites pour me tenir en province.

LE marquis <i M. Turcaret.

Pour la tenir en province!... Ah! monsieur Turcaret, vous avez tort; madame mérite qu’on lui paie les quartiers d’avance.

M«. turcaret.

11 m’en est dû cinq. S’il ne me les donne pas, je ne pars point ; je demeure à Paris, pour le faire enrager. J’irai chez ses maîtresses faire un charivari ; et je commencerai par celte maison-ci , je vous en avertis.

m. turcaret à part.

Ah! l’insoleute!

LISETTE à part.

La conversatiou finira mal.

la baronne à madame Turcaret.

Vous m’insultez, madame.

M"" turcaret.

J’ai des yeux, dieu merci, j'ai des yeux; je vois bien tout ce qui se passe en cette maison. Mon mari est la plus grande dupe. . .

M. TURCARET fi interrompant.

Quelle impudence ! Ah ! ventrebleu ! coquine ! sans le respect que j'ai pour la compagnie...

LE MARQUIS V interrompant.

Qu’on ne vous gêne point, monsieur Turcaret. Vous êtes avec vos amis, usez-en librement.

LE chevalier à M. Turcaret , en se mettant entre lui et sa femme.

Monsieur...

LA baronne à madame Turcaret.

Songez que vous êtes chez moi.

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