I.E MARQUIS
C’est moi, M. Turcaret; vous m’avez cette obligation-là. Embrassez ces deux objets chéris... Ah! qu’il parolt ému ! J’admire la force du sang et de l’amour conjugal.
M. TURCARET à part.
Je n’ose la regarder ; je crois voir mon mauvais génie.
TURCARET à part.
Je ne puis l’envisager sans horreur.
IX marquis à M. et à madame Turcaret.
Ne vous contraignez point, tendres époux ; laissez éclater toute la joie que vous devez sentir de vous revoir après dix années de séparation.
LA BARONNE à M. Turcaret.
Vous ne vous attendiez pas, monsieur, à rencontrer ici madame Turcaret; et je conçois bien l’embarras où vous êtes. Mais pourquoi m’avoir dit que vous étiez veuf?
LE MARQUIS
Il vous a dit qu’il étoit veuf? Eh ! parbleu! sa femme m’a dit aussi qu’elle étoit veuve. Ils ont la rage tous deux de vouloir être veufs.
LA BARONNE à M. Turcaret.
Parlez, pourquoi m’avez- vous trompée?
M. TURCARET interdit.
J'ai cru, madame... qu’en vous faisant accroire que... je croyois être veuf... vous croiriez que... je n’aurois point de femme... ( A part.) J’ai l’esprit troublé, je ne sais ce que je dis.
LA BARONNE
Je devine votre pensée, monsieur, et je vous pardonne une tromperie que vous avez crue néecs- I saire pour vous faire écouler. Je passerai même plus avant. Au lieu d’en venir aux reproches , je veux vous raccommoder avec madame Turcaret.
M. TURCARET
Qui? moi! madame. Oh! pour cela non. Vous ne la connoissez pas ; c’est un démon. J’aimerois mieux vivre avec la femme du Grand-Mogol.
M"* TURCARET
Oh ! monsieur, ne vous en défendez pas taut.
Je n’en ai pas plus d'envie que vous au moins ; et je ne viendrais point à Paris troubler vos plaisirs, si vous étiez plus exact à payer la pension que vous me faites pour me tenir en province.
LE marquis <i M. Turcaret.
Pour la tenir en province!... Ah! monsieur Turcaret, vous avez tort; madame mérite qu’on lui paie les quartiers d’avance.
M«. turcaret.
11 m’en est dû cinq. S’il ne me les donne pas, je ne pars point ; je demeure à Paris, pour le faire enrager. J’irai chez ses maîtresses faire un charivari ; et je commencerai par celte maison-ci , je vous en avertis.
m. turcaret à part.
Ah! l’insoleute!
LISETTE à part.
La conversatiou finira mal.
la baronne à madame Turcaret.
Vous m’insultez, madame.
M"" turcaret.
J’ai des yeux, dieu merci, j'ai des yeux; je vois bien tout ce qui se passe en cette maison. Mon mari est la plus grande dupe. . .
M. TURCARET fi interrompant.
Quelle impudence ! Ah ! ventrebleu ! coquine ! sans le respect que j'ai pour la compagnie...
LE MARQUIS V interrompant.
Qu’on ne vous gêne point, monsieur Turcaret. Vous êtes avec vos amis, usez-en librement.
LE chevalier à M. Turcaret , en se mettant entre lui et sa femme.
Monsieur...
LA baronne à madame Turcaret.
Songez que vous êtes chez moi.