OS GIL B
Depuis que je demeure ici , je me sens tout autre i qu’au para vaut. Vous m’avez défait des préjugés de I mou éducation ; j’ai pris insensiblement votre es- | prit. J’ai du goût pour votre profession : je meurs d’envie d’avoir l’honneur d’être un de vos confrères , et de partager avec vous les périls de vos ! expéditions. Toute la compagnie applaudit à ce discours. On loua ma bonne volonté. Puis il fut résolu tout d’une voix qu’on me laisseroit servir ] encore quelque temps pour éprouver ma vocation ; , qu'ensuite on ine feroit faire mes caravanes ; après quoi on m’accorderoit la place honorable que je demandois.
Il fallut donc continuer de me contraindre, et d’exercer mon emploi d’échanson. J’en fus trèsmortilié; car je n’aspirois à devenir voleur que pour avoir la liberté de sortir comme les autres ; et j’espérois qu’en faisant des courses avec eux, je leur échapperois quelque jour. Cette seule espérance souteuoit ma vie. L’attente néanmoins me paroissoit longue, et je ne laissai pas d’essayer plus d’une fois de surprendre la vigilance de Domingo : mais il n’y eut pas moyen ; il ctoit trop sur ses gardes. J’aurois défié cent Orphées de charmer ce Cerbère. Il est vrai aussi que, de peur de me rendre suspect , je ne taisois pas tout ce que j’aurois pu faire pour le tromper. Il m’observoit, et j’élois obligé d’agir avec beaucoup de circonspection , pour ne me pas trahir. Je m’en remettois donc au temps que les voleurs m’avoient prescrit pour me recevoir dans leur troupe , et j'atlendois avec autant d’impatience que si j’eusse dû entrer dans une compagnie de traitants.
Grâces au ciel , six mois après, ce temps arriva.
1.0 seigneur Rolandodil à ses cavaliers : Messieurs, il faut tenir la parole que nous avons donnée à Gil Hlas. Je n’ai pas mauvaise opinion de ce gar- * ç on-là ; je crois que nous en ferons quelque chose.
Je suis d’avis que nous le menions demain avec nous cueillir des lauriers sur les grands chemins. Prenons soin nous-mêmes de le dresser à la gloire. ; Les voleurs furent tous du sentiment de leur capitaine; et, pour me faire voir qu’ils me regardoient déjà comme un de leurs compagnons , dès ce moment ils me dispensèrent de les servir. Ils rétablirent la dame Léonarde dans l'emploi qu’on lui avoit ûlé pour m’en charger. Ils me firent quit- | ter mon habillement , qui consistoit en une simple | soulancllc fort usée , et ils me parèrent de toute la dépouille d’un gentilhomme nouvellement volé. Après cela , je me disposai à faire ma première campagne.