CHAPITRE IX
raenl partout, on nous logo, on nous nourrit, et Ton ne nous demande pour cela que des prières. Enfin nous ne portons point d’argent sur la roule, nous nous abandonnons à la Providence. Eh ! non, non, lui repartis-je, vous ne vous y abandonnez pas; vous avez toujours de bonnes pistoles pour être plus sûrs de la Providence. Mais, mon père, ajoutai-jc, finissons ; mes camarades, qui sont dans ce bois , s’impatientent , jetez tout à l’heure votre Ixmrsc à terre , ou bien je vous tue.
A ces mois , que je prononçai d’un air menaçant, le religieux sembla craindre pour sa vie. Attendez , me dit-il , je vais donc vous satisfaire, puisqu’il le faut absolument. Je vois bien qu’avec vous autres les figures de rhétorique sont inutiles. En disant cela, il tira de dessous sa robe une grosse bourse de peau de chamois, qu’il laissa tomber à terre. Alors je lui dis qu’il pouvoit continuer son chemin , ce qu’il ne me donna pas la peine de répéter. Il pressa les flancs de sa mule, qui , démentant l’opinion que j’avois , car je ne la croyois pas meilleure que celle de mon oncle, prit tout-à-coup un assez bon train. Tandis qu’il s'éloignoit, je mis pied à terre. Je ramassai la bourse, qui me parut pesante. Je remontai sur ma bète et regagnai promptement le bois, où les voleurs m’attendoient avec impatience, pour me féliciter de ma victoire. A peine me donnèrent-ils le temps de descendre de cheval , tant ils s’empressoient de m’embrasser. Courage, Gil Blas, me dit Rolando ; tu viens de faire des merveilles. J’ai eu les yeux sur toi pendant ton expédition ; j’ai observé la contenance; je te prédis que lu deviendras un excellent voleur de grands chemin?. I/; lieutenant et les autres applaudirent à la prédiction , et m’assurèrent que je ne pouvois manquer de l’accomplir quelque jour. Je les remerciai de la haute idée qu’ils avoient de moi , et leur promis de faire tous mes efforts pour la soutenir.
Après qu’ils m’eurent d’autant plus loué , que je méritois moins de l’étrc, il leur prit envie d’examiner le butin dont je revenois chargé. Voyons, dirent-ils , voyons ce qu’il y a dans la bourse du religieux. Elle doit être bien garnie, contiuuc l’un d’entre eux , car ces bons pères ne voyagent pas en pèlerins. Le capitaine délia la bourse , l’ouvrit, j et en tira deux ou trois poignées de petites mé- < (billes de cuivre, entremêlées d’ Jgnus-Dci, avec j quelques scapulaires. A la vue d’un larcin si nou- j veau, tous les voleurs éclatèrent en rires immode- j rés. Vive Dieu ! s’écria le lieutenant , nous avons bien de l’obligation à Gil Blas; il vient , pour son coup d'essai, de faire un vol fort salutaire à la compagnie. Celte plaisanterie en attira d’autre?: Ces scélérats, et particulièrement cclni qui avoit apostasie, commencèrent à s’égayer sur la matière.
1 1 leur échappa mille traitsqui marqnoicnt bien le dérèglement de leurs mœurs. Moi seul, je ne riois point. Il est vrai que les railleurs m’en ôtoient l’envie, en se réjouissant ainsi à mes dépens. Chacun me lança son trait, et le capitaine me dit : Ma foi, Gil Blas, je te conseille en ami de ne te plus jouer aux moines, ce sont des gens trop fins et trop rusés pour toi.