‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 18 sur 423 · LIVRE 1, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE II

le doigt de Dieu. Je conviens que l'existence de Dieu parait par tant d’endroits, et que lobeissance que nous devons à cet être suprême est si conforme aux lumières de la raison , qu'une grande partie du genre humain rend témoignage à la loi de nature. Mais , d’autre part , on doit reconnaître, A mon avis, que tous les hommes peuvent s’accorder à recevoir plusieurs règles de morale, d'un consentement universel, sans connaître ou recevoir le véritable fondement de la morale , lequel ne peut être autre chose que la volonté ou la loi de Dieu , qui , voyant toutes les actions des hommes , et pénétrant leurs plus secrètes pensées , tient , pour ainsi dire , entre ses mains les peines et les récompenses , et a assez de pouvoir pour faire rendre compte & ceux qui violent ses ordres avec le plus d'insolence. Car Dieu ayant uni par un lien inséparable la vertu et la félicité publique, 'et ayant rendu la pratique de la vertu nécessaire pour la conservation de la société humaine et visiblement avantageuse à tous ceux avec qui les gens de bien ont affaire , il ne faut pas s'étonner que chacun s'empresse nou - seulement d'admettre ces règles, mais aussi de les recommander aux autres, puisqu'il est persuadé que s'ils les observent il lui en reviendra h lui-même de grands avantages. Il peut, dis-je, être porté par intérêt, aussi bien que par conviction , A faire regarder ces règles comme sacrées ; parce que , si elles viennent à être profanées et foulées aux pieds, il n'est plus en sûreté lui -même. Quoiqu'une telle approbation ne diminue en rien l'obligation morale et étemelle que ces régies emportent évidemment avec elles, c'est pourtant une preuve que le consentement extérieur et v erbal que les hommes donnent à ces règles ne prouve point que ce soient des principes innés. Que dis-je ? cette approbation ne prouve pas même que les hommes les reçoivent intérieurement comme des régies inviolables de leur propre conduite, puisqu'on voit tous les jours que l'intérêt particulier et la bienséance obligent plusieurs personnes à s'attacher extérieurement a ceB régies, et à les approuver publiquement , quoique leurs actions fassent assez voir qu'ils ne songent pas beaucoup au législateur qui les leur a prescrites , ni à l'enfer qu'il a destiné à la punition de ceux qui les violeraient.

5 < • En effet, si, sans vouloir par civilité attribuer à la plupart des hommes plus de sincérité qu’ils n'en ont effectivement, nous regardons leurs actions comme les interprètes de leurs

pensées , nous trouvons qu'intérieuremeut ils n’ont point tant de respect pour ces sortes de règles, ni une fort grande persuasion de leur certitude et de l'obligation où ils sont de les observer. Par exemple, ce grand principe de morale qui nous ordonne de faire aux autres ce que nous voudrions qui nous fût fait à nousmémes, est beaucoup plus recommandé que pratiqué. Mais l’infraction de cette règle ne saurait être si criminelle , que la folie de celui qui enseignerait aux hommes que ce n’est pas un précepte de morale qu’on soit obligé d’observer, ne parût encore plus contraire A cc même intérêt auquel les hommes sacrifient quand ils violent eux -mêmes ce précepte.

§ A. Tu conscience ne prouve pas qu'il y ait aucune règle de morale innée.

On dira peut-être que, puisque la conscience nous reproche l'infraetion de ces règles, il s'ensuit de là que nous en reconnaissons intérieurement injustice et l'obligation. A cela Je réponds que , sans que la nature ait rien gravé dans le coeur des hommes , je suis assuré qu'il y en a plusieurs qui, par la même voie qu'ils parviennent A la connaissance de plusieurs autres vérités , peuvent venir A rcconnailre la justice et l'obligation de plusieurs règles de morale. D'autres peuvent en être instruits par l'éducation , par les compagnies qu'ils fréquentent , et par les coutumes de leur pays : et cette persuasion une fois établie met en action leur conscience , qui n'est autre chose que l’opinion que nous avons nous-mêmes de la rectitude morale , ou de la perversité de nos actions. Or , si la conscience était une preuve de l'existence des principes innés, ces principes pourraient être opposés les uns aux autres , puisque certaines personnes font par principe de conscience ce que d'autres évitent par le même motif.

S 9. Exemptes de plusieurs actions énormes ,

commises sans aucun remords de conscience.

D'ailleurs , si ces règles de morale étaient innées et empreintes naturellement dans l'Ame des hommes, Je ne saurais comprendre comment ils pourraient venir à les violer tranquillement et avec une entière confiance. Considérez une ville prise d'assaut , et voyez s’il parait dans le cœur des soldats , animés au ramage et au butin , quelque égard pour la vertu , quelque principe de morale , et quelque remords de conscience pour toutes les injustices qu'ils commet-

1)1 LLNTlMÆMKYr HUMAIN.

tout. Ilicn moins que cela. Le brigandage , la : violence et le meurtre ne sont que des jeux pour des gens mis en liberle de commettre ces | crimes sans eu être ni censures ni punis, ht en effet , n'y a-t-il pas en des nations entières et même des plus polies' qui ont cru qu'il leur ' était aussi bien permis d'exposer leurs enfants ! pour les laisser mourir de faim , ou dévorer l«r les bêtes farouches , que de les mettre nu inonde 1 11 y a encore aujourd'hui des pays ou l'on ensevelit les enfants tout vifs avec leurs tneres, s'il arrive qu'elles meurent dans leurs couches ; ou bien on les tue , si tin astrologue assure qu'ils sont nés sous une mnuvaise étoile. Dans d'autres lieux, un enfant tue ou expose son père et sa mère , sans aucun remords, lorsqu'ils sont parvenus à un certain âge. Dans un endroit de l'Asie*, dès qu'on désespère de la santé d’un malade , on le met dans une fosse j creusée en terre ; et la , exposé au vent et à j toutes les injures de l'air, on le laisse périr impitoyablement , sans lui donner aucun secours. C’est une chose ordinaire 1 parmi les Mingreliens , qui font profession du christianisme , d’enscvclir leurs enfants tout vifs sans aucun scrupule. Ailleurs, les pères* mangent leurs propres enfants. Les Caribes5 ont accoutumé de les châtrer pour les engraisser et les manger. Et Gareillasso de la Vcga rapporte * que certains ]ieuplcs du Pérou avaient accoutumé de garder les femmes qu'ils prenaient prisonnières, pour en faire des concubines , et nourrissaient aussi délicatement qu'ils pouvaient les enfants qu'ils en avaient , jusqu'à l'âge de treize ans ; après quoi ils les mangeaient, et faisaient le même traitement ù la mère dès qu’elle ne leur donnait plus d'enfants. Les Toupinambous ? ne connaissent pas de meilleur moyen pour aller en paradis que de se venger cruellement de leurs ennemis, et d'en manger le plus qu'ils peuvent. Ceux que les Turcs canonisent et mettent au nombre des saints, mènent une vie qu'on uc Murait rapporter sans blesser la pudeur. Il y a sur ce sqjet un endroit fort remarquable dans le Voyage de Itaumgarlen. Comme ce livre est assez rare, je transcrirai ici le passage tout au long dans la même langue qu’il a été publié. Ibi (scil. propc Bctbes in Ægypto) vidimus sanc-

1 Les Grecs et les Romain*.

* Grulier apud Thevenot, paît. IV, pag. 13.

* i .imfitfr! ;,[.({ J Thevenot, pag- 3S-

* Vosaius. IV Mli origine, ch/ 18, 19.

4 I’. Malt. Dec. I .

6 ilial. des lacas, liv. I, tliap. 1 1 — " Lery, cîiap. là. !

tum unum Saracenicum inter urenarum cumulas, ita ut ex utero matrisprodiil, nudum sedentem. Vos est, ut tHdicimus, Mahometistis , ut cos , qui amentes et sine ratitme sunt, pro tandis cotant et venerentur. Insuper et cos qui quuni diu ritnm egrrint inquinatissimam , l'otunlarüim ttnninn pernitentiam et paupertalem , sanditate renerandos députant. Ejusmodi rem genus hominum libertatem quamdam effnrnrm habent domos quas notant intrandi, edendi, bibendi, et, quod majus est, concumbendi ; ex quo concubitu si proies scruta furrit , sanda similiter habdur. His ergo hominibus , dum rn'iint , magnos exhibent honores: mortuis verb cet templa vel monument‘a exstruunt amplissima, eosque contingere ae sepetire ma xi mer fortunœ ducunt loco. Audirimus Itère dicta et dicenda per interpretem a Mucrelo nostro. Insuper sandum ilium, quem eo loci vidimus publidtùs opprimé cornmendari, eu ni esse hominem sandum, divinum ac integrilatc prtrcipuum ; eà quùd nec feeminarum unquam esset nec puerorum, sed tanlummodù a sellarum coneubitor algue ni «/finira. Peregr. Baumgnrten , tib. II, cap. l, p. 78 '. Où sont, je vous prie, ces principes innés de Justice, de piété, de reconnaissance, d’equlté et de chasteté , dans ce dernier exemple et dans les autres que nous venons de rapporter ? Et où est ce consentement universel qui nous montre qu'il y a de tels principes gravés naturellement dans nos âmes ? Lorsque la mode avait rendu les duels honorables, on commettait des meurtres sans aucun remords de conscience , et encore aujourd'hui c’est un grand déshonneur, en certains lieux, que d'être Innocent sur cet article. Enfin , si nous Jetons les yeux hors de chez nous, pour voir ce qui se passe dans le reste du monde , et considérer les hommes tels qu'ils sont effectivement, nous trouverons qu'en un lieu ils font scrupule de faire ou de négliger certaines choses , pendant qu’ailleurs d'autres croient mériter récompense en s'abstenant des mêmes choses que ceux -la font par un motif de conscience , ou en faisant ce que ces premiers n'oseraient faire ’.

§ 10. Les hommes ont des principes de pratique opposés les uns aux autres.

Qui prendra la peine de lire avec soin l'hls-

* On peut voir encore, an sujet de cette espèce de saints, si fort respectés par les Turcs, ce rpi'en a dit Pietro delta Vnlle, dans une lettre du as janvier 1616.

» .. l.a science morale (outre les iuslim l » . comme celui

LlYlli: I, (.'.li.VrlTlVK II.

tnirc du geurc humain , et «examiner d'un œil indifferent la conduite des peuples de la terre , pourra se convaincre lui-même qu’excepté les devoirs qui sont absolument necessaires à la conservation de la société humaine qui ne sont même que trop souvent violés par des sociétés entières à l'égard des autres sociétés] , ou ne saurait nommer aucun principe de morale , ni ima- , giner aucune règle de vertu qui , dans quelque , endroit du monde , ne soit méprisée ou contre- j dite par la pratique générale de quelques sociétés entières qui sont gouvernées pur des maximes de pratique et par des règles de conduite tout A fait opposées à celles de quelque autre* société.

S 11. Des nations entières rejettent plusieurs règles de morale.

On objectera peut-être ici qu'il ue s’ensuit pas qu’une règle soit inconnue de ce qu’elle est violée. L'objection est bonne lorsque ceux qui n’observent pas la règle 11e laissent pas de la recevoir en qualité de loi ; lors , dis-je , qu’on la regarde avec quelque respect par la crainte qu’on a d’être déshonoré, censuré ou châtié, si l’on vient à la négliger. Mais il est impossible de concevoir qu’une nation entière rejetât publiquement ce que chacun de ceux qui la corn- , posent connaîtrait certainement et infailliblement i être uue véritable loi ; car tel est la connaissance j

« qui tait suivre la joie et fuir la tristesse) uYst pas au-

• Imitent innée que l'arithmétique, car elle dépend aussi

- «tes démonstrations que la lumière interne fournit j

• Nfais lés instincts ne portent pas A l'action d'une manière '

• invihdblè; on y résiste par des {tassions, on les obscurcit ' » par des préjugés, et on les altère par des coutumes con-

•> traire* . . . Cependant la plus grande et la plus saine » pat tin du genre Lu main leur rend témoignage. Le*

• Orientaux et les Grecs ou Humains, l'Alcoran et la Bible « conviennent en cela. . . * La coutume, la tradition, la

« discipline s’en sont mêlées, mais le naturel est cause j « que La coutume s’est tournée plus généralement du bon n rdté sur cês devoirs — La nature donne A l'homme, et » à la plupart des animaux, de l'affection et de la douceur •< pour ceux de leur espèce. . . . Après cet instinct général j « de Société , qui se peut appeler philanthropie dans j " l'homme, il y en a de plus particuliers. . . - Mai*, dans « le fond, ces impressions, quelque naturelles quelle*

" puissent être, ne sont que des aides de la raison et des 1 « indices du conseil (dessein) de la nature Sans la rai-

- son, ce* aides ne siifliraimt pan jmur donner une entière

- certitude à la morale.... Ainsi on peut distinguer les « vérités innées d’avec la lumière naturelle (qui n'en •« contient que de distinctement connaissable*) crunmc le « genre doit être distingué de son espèce . puisque les

- rérité.% innées comprennent tant les instincts que la

• lumière naturelle. »

que tous les hommes doivent nécessairement avoir des lois dont nous parlons , s’il est vrai qu’ellessoient naturellement empreintes dans leur âme. On conçoit bien que des gens peuvent reconnaître quelquefois certaines règles de morale comme véritables, quoique dans le fond de leur âme ils les croient fausses : il se peut , dis-je , que quelques personnes en usent ainsi en certaines rencontres , dans la seule vue de conserver leur réputation , et de s’attirer l’estime de eeux qui croient ces réglés d’une obligation Indispensable. Mais qu’une société entière d’hommes rejette et v iole , publiquement et d’un commun accord, une règle qu’ils regardent chacun en particulier comme une loi de la vérité et de la justice de laquelle ils sont parfaitement convaincus, et dont ils sont persuadés que tous ceux à qui ils ont affaire portent le même jugement , c'est une chose qui passe l’imagination ’. Et, en effet, chaque membre de cette société, qui viendrait à mépriser une telle loi , devrait craindre nécessairement de s’attirer , de la part de tous les autres , le mépris et l'horreur que méritent ceux qui font profession d’avoir dépouillé l'humanité ; car une personne qui connaîtrait les bornes naturelles du juste et de l’injuste, et qui ne laisserait pas de les confondre ensemble , ne pourrait être regardée que comme l'ennemie déclarée du repos et du bonheur de la société dont elle fait partie. Or, tout principe de pratique qu’on suppose inné ne peut qu'être connu de chacun comme juste et avantageux. Ccst donc une véritable contradiction , ou peu s’eu faut , qiie de supposer que des nations entières puissent s’accorder h démentir tant par leurs discours que par leur pratique, d'un consentement unanime et universel , une chose , de la vérité , de la justice et de la honte de laquelle chacun d'eux serait convaincu avec une évidence tout à fait irréfragable. Cela suffit pour faire voir que nulle règle de pratique , qui esr violée universellement et avec l’approbation publique , dans un certain endroit du monde , ne peut passer pour innée. Mais j’ai quelque

1 « H arrive tous les jouta que le* homme* agirent ■ confit* leur* coiuiaissam c* , en *e l«-s radiant à eux- » mêmes lorsqu'il* tournent l'esprit ai Unir* pour suivre m leurs passions.... L'avenir le raisonnement frappent » rarement au tant que le présent et le* sen*. Gel Italien lésa. - sait bien qui, devaut être mi* A la torture , *e proposa « d'avoir continuellement le giliei en vue . pendant les •• tourment*, pour y résister ; et on l'entendit dire quel « quefois : lo ti tr do ; ce qu'il expliqua ensuite quand d •» fut échappé, »

nuire chose à répondre a l'objection que je viens de proposer.

§ 11. Il ne s’ensuit pas, dit-on, qu'une loi soit inconnue, de ce qu'elle est violée. Soit, j’en tombe d’accord. Mais je soutiens qu'une permission publique de ta violer, prouve que cette toi n’est pas innée Prenons , par exemple , ou quelques-unes de ces régies, que moins de gens ont eu l’audace de nier ou l’imprudence de ré-» voquer en doute , comme étant des conséquences qui se présentent le plus aisément à la raison humaine , et qui sont les plus conformes à l'inclination naturelle de la plus grande partie des hommes. S’il y a quelque règle qu’on puisse regarder comme innée , il n y en a point , ce me semble, à qui ce privilège doive mieux convenir qu’à celle-ci : Pères et mères , aimes et conservez vos enfants. Si l’on dit que cette règle est innée , on doit entendre par là l’une de ces deux choses : ou quo c'est un principe constamment observé de tous les hommes ; ou , du moins, que c’est une vérité gravée dans l'âme de tous les hommes, qui leur est, par conséquent , connue à tous , et qu ils reçoivent tous d’un commun consentement. Or, cette règle n'est innée en aucun de ces deux sens. Car, premièrement, ce n’est pas un principe que tous les hommes prennent (tour règle de leurs actions, comme il parait par les exemples que nous venons de citer. Et sans aller chercher en Stingrelie et dans le Pérou des preuves du peu de soin que des peuples entiers ont de Ictus enfants , jusqu’à les faire mourir de leurs propres moins ; sans recourir à la cruauté de quelques nations barbares, qui surpasse celle des bêtes mêmes , qui ne sait que c'était une coutume ordinaire et autorisée parmi les Grecs et

• • Cette v Mat ion supposée, il s'ensuit seulement . qu’on n-» pan bien lu tes caractère» de la nature, gravé» .. dans no» Xmes . nuis quelquefois assez enveloppés par .. nos désordres : entre que pour voir la nécessité des de- - voire d'une manière invincible . U en faut envisager la . démonstration, ce qui n'est pas fort ordinaire, si la géo- « métrio s'opposait aillant à nos intérêts et à nos fussions .. que la morale, nous ne la «mUstrrions et ne la viole- . rions guère moins, malgré tout» les démonstrations • d’Euclide et d' Archimède , qu'on trailcrail de rêveries , «et qu'on trouverait pleines de paralogismes. Et Joseph « Scaliger. Hobbes et autres , qui ont écrit contre F.udide « et Archimède, ne se trouveraient point si peu accompa- ■ gués qu'ils le sont. Ce n'était que la passion de la gloire , que ees auteurs croyaient trouver dans la quadrature .. du cercle . et autres problèmes difficiles , qui a aveugle

jusqu'à un tel point de» personnes d'un si grand mérite. , Kl si d'aulres avaient le même intérêt , ils en useraient s de même. »

les Romains, d’exposer impitoyablement et sans aucuu remords de conscience leurs propres enfants, lorsqu'ils ne voulaient pas les élever? Il est faux , en second lieu , que ce soit une vérité innée et connue de tous les hommes : car , tant s’en faut qu’on puisse regarder comme une vérité innée ees paroles : Pères et mères, ayez soin de conserver vos enfants, qu'on ne peut pas même leur donner le nom de vérité ; car , c’est un commandement et non pas une proposition , et , par conséquent , on ne peut pas dire qu’il emporte vérité ou fausseté. Pour faire qu'il puisse être regardé comme vrai, il faut le réduire à une proposition comme celle-ci : C'est te devoir des pères cl mères de conserver leurs enfants. Mnls tout devoir emporte l'idée de loi ; et une loi ne saurait être connue ou supposée sans un législateur qui l’ait prescrite, ou sans récompense et sans peine : de sorte qu'on ne peut supposer que cette réglé, ou quelque autre règle de pratique que ce soit , puisse être innée, c'est-à-dire , imprimée dans l'àme, sous l'idée d’un devoir, sans supposer que les Idées d'un Dieu, d'une loi, d'une vie à venir, et de ce qu’on nomme obligation et peine, soient aussi innées avec nous. Car, parmi les nations dont nous venons de parler , il n’y a point de peine à craindre dans cette vie pour ceux qui violent cette règle; et, par conséquent, elle ne saurait avoir force de loi dans les pays ou l’usage , généralement établi , y est directement contraire. Or, ees idées, qui doivent toutes être nécessairement innées, s’il y a quelque chose d’inné en qualité de devoir, sont si éloignées d’être gravées naturellement dans l’esprit de tous les hommes, qu’elles ne paraissent pas même fort claires et fort distinctes dans l’esprit de plusieurs personnes d'étude, et qui font profession d’examiner les choses avec quelque exactitude, tant s’en faut qu’elles soient connues de toute créature humaine. Et parmi les idées , dont je viens de faire l’énumération , je prouverai en particulier , dans le chapitre suivant , qu’il y en a une qui semble devoir être innée préférablement a toutes les autres, qui ne l’est pourtant point , je veux parier de l 'idée de Dieu ; ce que J'espère faire voir, avec la dernière évidence, A tout homme qui est capable de suivre un raisonnement.

S 13. Des nations entières rejettent plusieurs règles de morale.

De ce que je viens de dire, je crois pouvoir conclure sûrement qu'une règle de pratique

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