LIVRE IV, CHAPITRE V
ni bête , mais qui participe de l'un et de l’autre 7 Or , tel est justement l’imbécile dont on vient de parler. Tant il est nécessaire de renoncer à la notion commune des espèces et des essences , si nous voulons pénétrer véritablement dans la nature des choses mêmes, et les examiner , par ce que nos facultés nous y peuvent faire découvrir, en les considérant telles qu’elles existent , et non pas par de vaines fantaisies dont on s'est entêté sur leur sujet sans aucun fondement
S 17. Les mots et la distinction des choses en espèces nous en imposent.
J’ai proposé ici ces réflexions , parce que je crois que nous ne saurions prendre trop de soin pour éviter que les mots et les espèces , avec les notions qui y sont vulgairement attachées, et selon lesquelles nous avons coutume de les employer, ne nous en imposent. Car je suis porté à croire que c’est là ce qui nous empêche le plus d’avoir des connaissances claires et distinctes , particulièrement à l'cgard des substances; et que c'est de là qu’est venue une gronde partie des difficultés sur la vérité et sur la certitude. SI nous nous accoutumions seulement à séparer nos réflexions et nos raisonnements d’avec les mots , nous pourrions remédier en grande partie à cet inconvénient, par rapport à nos propres pensées, que nous considérerions en nous-mêmes; ce qui n’empêcherait pourtant pas qu’il n’y eût toujours quelque confusion dans nos discours avec les autres hommes , tant que nous persisterons à croire que les espèces et leurs essences sont autre chose que nos idées abstraites ( quelles qu’elles soient ) , auxquelles nous attachons certains noms pour en être les signes.
$ 18. Récapitulation.
Enfin, pour reprendre en peu de mots ce que nous venons de dire sur la certitude et la
* Si nous distinguons l’homme de la béte par la fa- • « culté de raisonner, il n’y a point de milieu ; il faut que « ranimai dont il s’agit, l’ait ou ne l’ait pas : mais comme « cette faculté ne parait fias quelquefois , on eu juge par « de* indices qui ne sont pas démonstratifs à la vérité ,
* jusqu’à ce que telle raison se montre. Car l’on sait, par
- l’expérience de ceux qui font perdue, ou qui enfin en « ont obtenu l’exercice, que sa fonction peut être sns-
- pendue. La naissance et la ligure donnent des pré-
- Munplions de ce qui est caché. Mais la présomption de
- la naissance est efTacée par une figure extrêmement
• différente de la figure humaine Comment donc
- peut-on déterminer les justes limites de la figure qui
- doit passer pour humaine ? le réponds que dans celle « matière conjecturale on n’a rien de précis. -
réalité de nos connaissances , partout où nous apercevons la convenance ou la disconvenance de quelques-unes de nos Idées , il y a là une connaissance certaine ; et partout où nons sommes assurés que ces idées conviennent avec la réalité des choses , il y a une connaissance certaine et réelle. Ayant donné ici les marques de cette convenance de nos idées avec la réalité des choses , je crois avoir montré en quoi consiste la vraie certitude , la certitude réelle; ce qui , de quelque manière qu’il eût paru à d’autres , avait été jusqu’ici , à mon égard , un de ces desiderata , sur quoi , à parler franchement , j’avais grand besoin d’être éclairci.