ACTE CINQUIEME
MYRRHA
Laissez-moi voir la blessure... je ne suis pas sans quelque connaissance dans l'art d'Esculape ; dans ma terre natale , cet art fait partie de notre instruction 5 la guerre étant continuelle, nous sommes accoutumées à de tels spectacles.
LE SOLDAT
Il vaudrait mieux extraire la javeline.
MYRRHA
Arrête; non, cela ne se peut.
C'en est donc fait !
MYRRHA
Le sang qui coulerait en abondance me ferait craindre pour ta vie.
SALEMÈNES
Moi, je ne crains pas la mort. Où était le roi quand vous m'avez transporté du lieu où j'ai été atteint ?
LE SOLDAT
Là même , encourageant de la voix et du geste les troupes alarmées qui, témoins de votre chute, chancelaient déjà.
SALEMÈNES
Qui avez-vous entendu nommer pour me remplacer dans le commandement ?
LE SOLDAT
Je n'ai entendu nommer personne.
SALEMÈNES
Volez donc, et dites au roi que la dernière demande que je lui fais , c'est de confier mon poste à Zames , jusqu'à la jonction si long -temps attendue en vain d'Ofratanes, satrape de Suze. Laissez-moi ici , nos soldats ne sont pas assez nombreux pour permettre votre absence.
LE SOLDAT
Mais , prince !
SALEMÈNES
Allez , vous dis-je , voici un courtisan et une ft'n)nio . c'est la meilleure de toutes les conip;ignies dans une salle;
•24r, SARD AN AP ALE.
puisque vous n'avez pas voulu me laisser expirer sur le champ (le bataille , je ne souffrirai pas de soldat oisif près de mon lit de mort. Courez , et remplissez mes ordres.
( hes soldats sortent. )
MYRRHA
Ame noble et glorieuse , faut-il que la terre te perde !
SALE MÈNES
Aimable Myrrha , c'est la fin que j'aurais choisie moi-même si elle avait pu suffire pour sauver le monarque ou la monarchie : du moins je ne leur ai point survécu.
MYRRHA
\ous devenez plus pâle.
SALEMÈ\ES.
Votre main , Myrrha! cette amie brisée ne fait que prolonger mes angoisses sans me laisser assez de forces pour me rendre utile : je l'arracherais et ma vie avec elle , si je pouvais seulement savoir où en est le combat.
( Sardanapale arrive avec les soldats. ^
SARDANAPALE
O le meilleur des frères!
SALEMÈNES
Et la bataille est perdue ?
SARDANAPALE , avec désespoù'.
Vous me voyez ici.
salemènes.
J'aimerais mieux vous voir ainsi. [^ Salemènes arrache le j avelot de sa blessure et expire.)
Oui, je t'imiterai , à moins que le secours, dernier roseau sur lequel s'appuient nos espérances, n'arrive avec Ofratanes.
MYRRHA
IVavez-vous pas reçu un message de votre frère mourant , qui vous désignait Zames pour chef?
SARDANAPALE
Oui.